Mai 2025
Sommaire
Les portes
Où l'on découvre et franchit des portes
selon un itinéraire mystère...
LA PORTE
Elle est sévère, la porte, noire, froide et rigide, très ajourée comme si la liberté était possible et qu'on pouvait glisser entre ses interstices.
Sans volutes, sans fioritures, rappelant sa raideur à chaque passant.
Sa serrure est double, triple, quadruple.
Elle est dure, pire qu'un mur.
Inhumaine.
C'est une porte à barreaux d'acier.
C'est une porte de prison.
Je ne peux pas ouvrir cette porte.
Cette porte est fermeture, cette porte est enfermement.
Cliquètement infernal des clefs qui résonne dans un couloir nu de tout, qui sent déjà la pisse et le désespoir.
Je suis, je suis suivie, j'avance entre deux.
Une autre porte, la même, plus sombre encore, qui m'éloigne du monde des vivants, ceux qui savent rire, pleurer aussi, de vraies larmes, pas de celles qui sont devenues sèches.
Cette enfilade de portes me mène à l'abattoir, je le sais, je me prépare...
On m'y pousse un peu rudement dans cette cellule sans lumière.
La porte claque derrière moi, violente. Je reste debout, incapable de rien.
Dans le coin, sur une couche, une femme assise, plus toute jeune, qu'on ne s'attend pas ici à voir, si belle encore, m'accueille avec un sourire improbable qui chahute mon désespoir.
Je me raidis, méfiante. J'ai tant envie d'y croire à ce sourire d'invitation à lâcher prise. Mais qui est-elle ? Est-il possible encore d'espérer dans ce monde carcéral, une once d'humanité ?
Je doute, hésite, m'assieds, détourne le regard, fuyante.
J'attends, la scrute du coin de l'œil. Elle a compris qu'il faudra m'apprivoiser, trop de souffrances m'ont asséchée.
Demain est arrivé, sur moi une deuxième couverture...la sienne.
Une porte s'ouvre sans barreaux.
MD
LES PORTES
C’est une porte en bois, aussi large que haute. Le bois est ancien, c’est du chêne. La porte est ornée de clous forgés pyramidaux qui sont le signe de la richesse de son propriétaire. Des ferrures viennent renforcer l’impression de solidité de l’ensemble. La porte est encastrée entre d’épais piliers en pierre et surmontée d’un linteau sculpté au milieu duquel est représenté un blason presque effacé.
La porte a deux larges battants qui pivotent sur des gongs rouillés mais qui semblent encore fonctionnels. Sur le battant droit est fixé un énorme heurtoir en forme de tête de diable grimaçant. Si le heurtoir ne suffit pas à alerter les occupants, une corde reliée à une cloche fixée plus haut sur la façade, pend sur le mur.
Le battant s’ouvre dans un grincement presque lugubre, il pivote juste assez pour laisser le passage d’une personne. Il faut lever un peu les pieds pour passer au-dessus de la traverse.
Il y a d’abord une petite cour pavée de grosses pierres polies. Puis, après un court corridor, on débouche sur un jardin luxuriant.
De grands arbres délimitent de larges allées, et partout des bosquets fleuris embaument l’air. Des bancs en pierre permettent de se poser ou de se reposer. Des fontaines glougloutent et les chants de dizaines d’oiseaux leurs répondent. Des arbres ploient sous des fruits magnifiques qui ne demandent qu’à être saisis. Partout des fleurs poussent en toute liberté et leurs couleurs variées rivalisent avec le vert des pelouses. Le parfum des glycines et des roses se mêlent et s’enivrent.
Tout au fond du parc, dans le mur de clôture, il y a une toute petite porte cachée sous une liane de lierre. On la voit à peine, elle est très basse, à peine de la taille d’un enfant de huit ans. Elle est en fer, rouillée, presque trouée à certains endroits. La peinture, enfin ce qu’il en reste, est délavée. La toute petite porte est munie d’une poignée fixe sous laquelle on distingue une toute petite serrure.
La toute petite clé que je sors de ma poche s’insère parfaitement dans la serrure. Elle tourne sans aucune difficulté et je pousse la porte. Je m’attends à une certaine résistance, mais elle s’ouvre facilement. Je me baisse un peu pour entrer, et je suis éblouie par une lumière crue et agressive fournies par des centaines de néons fixés au plafond d’un hangar immense.
Des dizaines et des dizaines de lutins aux oreilles pointues, coiffés de bonnets à grelots s’affairent autour d’établis sur lesquels ils semblent fabriquer des… jouets ? Je m’approche de l’un d’eux et lui demande ce qu’il construit. Il me répond dans une langue étrange que je ne reconnais pas. Au bout de chaque établi, un personnage un peu plus grand que les lutins semble surveiller leur travail. Je m’avance vers lui et me présente : « Inspection du travail : je dois vérifier que cette usine respecte les droits des travailleurs. J’ai bien l’impression que ce n’est pas le cas ici. Je ne vois aucun équipement de sécurité. Et je suis persuadée que vous employez de la main-d’œuvre étrangère, et peut-être même sans papiers. Veuillez me conduire à votre responsable. »
Il devient blême sous son bonnet à pompon et baragouine quelques mots indistincts. J’insiste et réitère ma demande sur un ton plus menaçant. Il détale alors en criant quelque chose que je ne comprends pas, mais qui ressemble à « Jingle Bells », sans doute un nom de code !
Je le suis, nous traversons le hangar, dépassons un espace où sont parqués des rennes (note à moi-même : prévenir mes collègues des services vétérinaires) et nous nous retrouvons devant une porte de bureau vitrée sur laquelle est fixée une plaque dorée indiquant : S. CLAUS
DIRECTION GENERALE.
Evelyne Le Coz
La PoRTE
Premier œil
La PoRtE. Elle, elle est vide. Vide de tout, et à la fois, pleine de rien. Rien n’en sort, rien n’y entre. Lointaine, elle s’approche. Lentement. Inexorablement.
Au seuil de l’inconnu. De l’infini noir. Un noir total, qui ne laisse paraître qu’un blanc, plus terrifiant encore. Des arcs… non – un instant. Des courbes, deux, semblables à des tiges de roseaux, dont les têtes viendraient s’entrelacer, se perdre, dans une forme d’élévation infinie. Mais qui a bien pu forger une telle ossature, qui n’a de limite qu’un vide, étouffé par l’obscurité de ce qui ressemble être un mur sans fin ? – Un instant. Ce trou blanc est troublant.
Ne serait-ce pas qu’une simple dichotomie, habitée par une dualité qui me semble toujours plus intense ? Mes rétines peuvent-elles seulement percevoir les contours de cette… La serrure.
Je l’avais presque oubliée. Pourtant, de toutes les invisibles limites, elle est la plus perceptible : dans la grandeur, presque solennelle, de cette ouverture, je la vis. Ce halo, d’abord. Puis cette silhouette, ensuite. Et, enfin, arrivé au seuil du dicible, comme absorbé par un trou de blanc, une ombre. Gigantesque. Impavide, elle remplit d’une oppressante obscurité mon… – un instant. Silhouette particulière, forme innommable, presque fantasmagorique. Une ombre, dis-je. Vivante ? Elle semble d’ailleurs m’observer…
Aucune clé de l’esprit ne me permet de détacher de ce moi, insignifiant, le terrible sentiment qui me lie à cette montagne, opaque, et dont le regard me vide de toute substance.
Second œil
Aucune clé. Aucun songe. Aucune rêverie. Implacablement attiré par ce trou noir, qui se détachait obscurément de ce gouffre blanchement vide, elle m’entr’ouvrit une porte : celle de l’impossible.
[Les mots manquent, ayant, peu à peu, atteint leur limite] … plus je m’étais approché, et plus les contours de cette […] étaient apparus, à mes yeux de mortel, insaisissables. Et puis, l’espace d’un instant, à l’orée du […], je ne vis plus que des abysses, où le vide naissait et disparaissait, ainsi que le cil […]. Un battement. Il n’aura fallu qu’un battement pour tomber, aveugle, dans un éther, dont la saveur m’est demeurée jusqu’à ce jour inconnue. Le mot même « d’éther » est bien délétère : il est des mondes où le verbe et la pensée ne sont plus que des archives, sans hiérarchie, aucune, charriant éperdument le vertige, et commandant le silence.
Je ne me souviens plus de rien, ou presque. Face à elle, j’ai quasiment tout oublié. Mes sens, au passage de cette immensité, se sont tus, vaincus. À mon réveil, ici, je n’avais plus aucune idée de ce que j’avais traversé : seul le vide demeurait, cette candeur terrible, et puis… cette marque, là, dans mon œil. Cette ombre que je revois encore, terrifiante, et pourtant si belle.
Avant-dernier œil
Cette marque, disais-je. Mon œil semble fermement condamné, et mon regard, tordu. Cette porte, infiniment incompréhensible… Mais j’ai compris, oui. Qu’il est des vies insuffisantes pour méditer – même l’éternité ne me suffirait, pour tenter de lire les pourtours de ces vides sans forme, et néanmoins, difformes.
Qu’ai-je vu, là-bas ? Qu’ai-je fait, durant tout ce temps ? Ou plutôt, que m’a-t-on fait ? Qui aurait pensé qu’en mettant la main sur ce livre, perdu dans les affaires de ce voyageur, qui aurait pensé, oui, qu’en le touchant, puis en l’ouvrant, et en tentant de le lire, j’aurais été séduit par l’infini de ses souvenirs ?
Dernier œil
Son monde est intensément sans fin. Habité par des créatures polymorphes sans faim, il ne dégage ni odeur, ni… – un instant. Aurais-je perdu mon odorat ? Et pourquoi, d’ailleurs, ces choses ne réagissent-elles pas lorsque j’essaye de les toucher ? Personne… ? Personne !?
… Mes sens n’atteignent personne. Même ma voix, s’est éteinte. Plus aucun souffle. Mais que se passe-t-il ? Qu’ai-je fait pour… eh ! Elle vient de me traverser ! Cette espèce de… similitude avec lui-même ?
… Je ne vois que des ombres mouvantes et changeantes. Presque tout en grâce et en sensualité. Nombreuses, et pourtant, si seules. Seraient-elles des souvenirs passés, des errantes avides de tendresse, et sempiternellement à la recherche d’elles-mêmes ? Ou bien, traduiraient-elles mes propres… illusions ? mues par mon désir d’exister dans ce vaste monde ? Ah… Je n’y comprends plus rien…
… Puis-je seulement pénétrer l’intensité de ce qu’il m’arrive ? Et d’où me vient cette sensation d’infini ? Et pourquoi, une fois encore, ces ombres apparaissent et disparaissent-elles, ainsi que meurt le jour et naît la nuit ?! …
… La vie de ce voyageur n’aurait-elle été, finalement, qu’une errance initiatique, entre l’existence et l’ignorance ? – Un instant.
Ce monde, lui aussi, semble s’altérer ! Égaré dans les brumes de l’esprit, je viens à l’instant de me rendre compte que là, tout près de moi, et pourtant, déjà si loin, là, quelque chose, similaire à d’irascibles collines, avait silencieusement effacé cette brume pourprée qui m’entourait, et de laquelle surgissaient ces êtres aux mouvements imprévisibles.
… Mes pensées n’arrivent plus, depuis mon réveil, à suivre mes propres perceptions… Et ces collines, ces champs pelés comme des organes, elles semblent vouloir m’inviter
à goûter à mon propre anéantissement. Pour mieux, peut-être, réapparaître ainsi qu’une folle dansante.
Valentyne
1 porte, 2 portes, 3 portes...
Du bois, c'est beau, mais à entretenir, qu'est-ce que c'est chiant.
Une belle porte d'entrée massive en bois vernis. À mi-hauteur, le bois laisse place un double vitrage opaque. Six carreaux, avec des petits bois, en bois. La vitre opaque et déformante permet d'être caché dans son entrée si on ne veut pas ouvrir au facteur qui vient chercher ses étrennes. Ce qui est dommage, c'est que de l'intérieur on ne voit pas mieux, donc on peut aussi ne pas ouvrir à son père qui est juste habillé en bleu. Au-dessus de la porte, une marquise en fer forgé noir pour se protéger. Se protéger de rien vu qu'on se trouve déjà sur une terrasse couverte. Puis en bas de la porte, des tâches. Car les chats des voisins ils ont choisi de pisser où ? Sur notre porte.
La poignée en aluminium gris paraît trop moderne, et reste froide à n'importe quelle saison. La froideur du métal l'emporte sur la chaleur du bois.
Je pose la main dessus, même à travers mes gants je sens le froid métallique. Il faut appuyer fort, elle résiste, et fait toujours le même cliquetis quand elle s'enclenche mode ouverture. Je pousse la lourde porte et je m'engouffre dans la pièce sombre. Je cherche de la main l'interrupteur. Rien, on n'a pas changé l'ampoule. Il ne fait pas beaucoup plus chaud à l'intérieur, je sens même un courant d'air désagréable. Je sais de quoi cela provient, je soupire. Ce bruit strident de soufflement, je le déteste. C'est l'insert de la cheminée qui souffle de l'air froid car personne n'a remis de bûche depuis ce matin.
Je regarde exaspérée et angoissée la porte du couloir comme si je la découvrais. Une porte classique en bois également mais plus fin. Des baguettes en moulure dessinent deux espaces papiétés avec le même papier-peint beige-rosé que le couloir. Elle est pile en face de la porte d'entrée. Je la franchis le moins souvent possible, ou alors toujours accompagnée. Car cette porte qui m'effraie tant est la porte du sous-sol.
Je n'ai pas le choix, je prends mon peu de courage à deux mains Je l'ouvre et allume tout de suite la lumière pour ne pas rester une seule seconde dans le noir. L'escalier est étroit, les murs en béton ciré paraissent glauques.
Au-dessus de ma tête, les araignées rient comme à chaque fois qu'elles me voient ici. Je regarde la trappe au plafond, celle qui permet l'accès très pratique au grenier : il suffit de positionner un escabeau à cheval sur deux marches, et de se faufiler dans un trou si petit qu'on se rappe à chaque fois les coudes, les hanches et les genoux.
Les loirs courent au-dessus de ma tête, se penchent et scrutent à travers un minuscule trou si j'ai de la nourriture pour eux.
Je descends en courant et saute toujours les deux dernières marches. Car c'est là que la fille du boulanger est tombée enceinte de son copain d'un soir, je ne veux pas qu'il m'arrive la même chose. C'était pendant la boom de ma sœur. Son nom, à ce gars, c'était Bon, et comme il était tout petit, je l'appelais "P'tit Bon qui fait des bonds". Car ça, je l'ai vu en faire des bonds sur la Marie-Laure de la boulangerie.
J'attrape très vite la poignée de la porte où sont entreposées les bûches. Une porte premier prix, pleine d'échardes, avec une poignée qui tombe à terre une fois sur deux. Dans deux secondes je l'ouvre ; dans trois secondes je charge les bûches dans le panier ; dans dix secondes je remonte en courant. Ça c'est ce qui devait se passer avant qu'on me fasse un croche-pied et que je me trouve moi aussi à terre. Ouf ! Je ne suis pas seule, mon couillon de frère est rentré.
Véka
Cette porte est une porte en fer blindé qui ne s’ouvre qu’avec un code. Elle est d’une couleur jaune avec l’inscription « Toc Toc Toc » écrite en noir. Dessous, il y a des dessins rouges : un éléphant, un chien et une tasse de thé. Devant, il y a un paillasson vert avec écrit, en violet, « Si tu rentres, tu sors ». J’essaie mon année de naissance pour ouvrir la porte et cela marche. J’ouvre délicatement la porte et je tombe sur une fête foraine. Malheureusement, dès que je fais le premier pas, je tombe dans le trou d’un toboggan qui me ramène à la case départ. Eh oui !!! Le fameux « Si tu rentres, tu sors ». J’ouvre à nouveau la porte en faisant attention où je mets les pieds. Et là, je suis subjugué : des attractions, des acrobates, des funambules et des magiciens. Au fond, une nouvelle porte apparaît, sans code, sans serrure mais elle s’ouvre grâce au détecteur de mouvements. Cette porte est noire et quand je l’ouvre, je découvre un studio de cinéma où ils tournent une grande scène de combats, grande scène d’action où les enjeux sont colossaux. Chacun des acteurs possède des costumes brillants et étincelants dans la nuit. Le temps s’est tout à coup figé à part moi. Je peux voir les acteurs et leurs costumes de plus près. Les coutures sont parfaites, pas de débordements. La caméra qui filme la séquence en question est posée sur une grue. Les décors sont magnifiques, je ressens le ciel qui devient de plus en plus gris, un arc-en-ciel qui va disparaître, le soleil tapant malgré tout. Le stress des personnages, les gouttes de sueur, je les ressens.
Adrien Lepetit
Où l'on raconte un même événement
de deux points de vue différents
Points de vue
« Ca y est, j’y suis !
Le plus beau jour de ma vie !
Je l’ai tant attendu, mais ça en valait la peine.
Je vais m’unir à l’homme que j’aime éperdument, ma moitié, mon âme sœur, jusqu’à ce que la mort nous sépare.
Nos deux belles et grandes familles sont là, ainsi que nos amis les plus chers. La félicité transpire de chacun d’entre eux.
Je m’efforce de ne pas craquer sous l’émotion, mais quand bien même, ce seraient des larmes de la joie la plus pure.
Papa m’a payé la robe la plus chère du magasin, d’un blanc éclatant. Je suis la reine de l’assemblée.
Ma petite sœur, mon trésor, rayonne également, tout sourire.
Elle se tient à mes côtés, je l’ai choisie comme témoin, une évidence.
Par la porte ouverte de l’église, j’entends la pluie : aucun problème, « mariage pluvieux, mariage heureux ! »
« Pfff, quand est-ce que ça se termine ?
Obligée de bloquer mon week-end pour le mariage de la frangine, alors que les copines m’avaient proposé une virée à Ibiza.
Regardez-la, avec son sourire niais et ses dents ultra bright. Elle a même les larmes aux yeux.
Vas-y, pleure, et tu aurais des raisons. Le mec à côté, qui vient de te jurer fidélité, il te trompe… avec moi !
Et l’assistance, non mais l’horreur ! La famille que l’on ne voit qu’aux mariages et aux enterrements (au passage, je crois que j’aurais préféré un enterrement, ça dure moins longtemps).
Tonton Arsène qui raconte à chaque fois ses exploits pendant la guerre (à l’entendre, il était à deux doigts de tuer Hitler). Rarement vu un mytho pareil.
Tonton Roger et ses joues qui piquent.
Tata Gisèle et ses joues qui piquent.
Et ses amis insupportables, qui ne parlent que de leur progéniture. Leurs enfants sont hyperactifs, disent-ils. Non, vos gosses sont juste chiants et mal élevés.
Le Vieux a fait péter le livret A pour la robe blanche. Encore ça en moins sur l’héritage.
J’ai la mâchoire crispée à force de sourire. Ce même sourire que je fais lorsqu’on m’offre des chaussettes pour Noël.
Cerise sur la pièce montée, il pleut des cordes. Je vais flinguer mon maquillage et mes chaussures à 400 balles.
Comme si cette journée n’était pas déjà assez pourrie. »
Damien Belin
Où l'on écrit des haïkus
à partir des mots cachés dans
les feuilles de l'arbre
HAIKUS
Plante vivace
Feuilles pleines de trous
Limaces.
Vague vivace
Eclatée sur le rivage
Mer en rage.
Evelyne Le Coz
ENTRETIEN AVEC UN ÉCUREUIL
Je me suis entretenue avec un écureuil roux de nos forêts. Ce petit animal sympathique s’est livré à l’interview avec beaucoup de bonne volonté et d’ouverture d’esprit.
Nous avons tout d’abord échangé sur l’évolution du ressenti humain par rapport aux écureuils. En général, ils sont forts appréciés de tous. En effet, tout le monde aime voir un petit écureuil sauter joyeusement de branches en branches et dévaler des troncs d’arbres à toute vitesse. Notre écureuil me dit apprécier particulièrement les enfants qui s’écrient « Ah ! Regarde, un écureuil ! » Il effectue alors plusieurs aller-retours uniquement pour la joie des petits.
Il ressort également de notre entretien que les écureuils actuels, même s’ils ont bien entendu quelques griefs contre le monde moderne, apprécient cependant grandement que la mode des cols en fourrure soit passée. De même, ils ont été très soulagés lorsque les périodes de grandes famines se sont terminées (les hérissons m’ont d’ailleurs fait exactement la même remarque).
Si les écureuils semblent satisfaits de la période actuelle, ils ont cependant une revendication principale qu’ils souhaitent porter devant la Haute Cour Européenne de Justice (les écureuils gris d’Amérique, de plus en plus présents dans nos contrées ne sont pas concernés. La présence inopportune de ces animaux fera l’objet d’un autre article).
Pour revenir aux revendications de nos écureuils, ceux-ci désirent traduire en justice la société Caisse d’Epargne pour utilisation abusive de leur image. En effet, cet organisme utilise, sans aucun droit ni autorisation, et ce depuis de nombreuses années, la représentation publicitaire d’un écureuil. La demande de réparation sera essentiellement financière, pouvant éventuellement être négociée en noisettes plutôt qu’en euros ou bitcoins, mais devrait représenter des sommes très importantes au vu de l’ancienneté des dommages subis. Le procès s’annonce difficile, la Caisse d’Epargne ayant les moyens de faire face à une procédure longue et coûteuse. Mais les écureuils fédérés en syndicat sont extrêmement déterminés à faire valoir leurs droits légitimes.
Evelyne Le Coz
