Mars 2026
Poésie
Proésie
Poiésis
Remue-ménage à l’étage
Tout est tombé d’un coup
Tremblement de terre
A terre
Couverts
Gamelles
Verres
Tremble terre
Secoue toi !
Chasse vermine
Misère
Mystères
A l’étage, plus rien
Rien qui vaille
Rien qui veille
Remue méninges,
A terre
Livres
Dossiers emmêlés
Piles dépilées
Dépitées
Béantes
Bouche Bée
L'Arbrelle
Elle cavalait admirablement mal
Sans rythme
Sans grâce
Sans souplesse
Tristesse
Mais quelle aisance
Sur les terrains de tennis
Un service portait son nom !
L'Arbrelle
Il choisit
Il choisit l’horizon
La campagne, le village
Il y a une grande toile
une grande toile dépliée sur l’herbe humide
La nuit n’est pas encore tombée
Le soleil est couché
Il attend l’obscurité qui gagne peu à peu
Et la pluie à présent
(Je pense ?)
L'Arbrelle
Assises en rond, elles rêvent
Rêve de reconnaissance
Naissance à sens unique
Super, le stylo sait
Que dire, quoi offrir, help !
La rose s’est ouverte
Le lilas est fané
Les parfums les entêtent
Plongez dans ce décor
Y retrouver le Lac
Lamartine et Ronsard
Et sa rose passée.
L'Arbrelle
Vas-tu vivre ta vie mon amie ?
Vas-tu vivre sans vice, sans jamais être ivre ?
Vas-tu vivre sans expérimenter, sans respirer ?
Vas-tu vivre à tourner, virer, visser, dévisser ?
Choisis de vivre ta vie, mon amie
Et tu pourras respirer, traverser, exister, te tromper, recommencer
Fais ce que tu veux mon amie, mais VIS.
Evelyne Le Coz
CONVERSATION AVEC MON CORPS
Allo mon corps ?
Tu m’entends toujours ?
Bon, tu m’entends mais tu ne m’écoutes plus…
Je sais, pendant des années, c’est moi qui ne t’ai pas écouté
Tu étais toujours là fidèle au poste. Solide, souple, aimable, aimé, caressant, caressé, performant
Je pouvais presque tout te demander, tu répondais présent à tous les coups.
Quand est-ce que tu as eu plus de mal à suivre ? Je n’ai rien remarqué, ou rien voulu voir.
J’ai continué à user de toi sans plus de précaution
Jusqu’à ce que tu en aies marre et que tu décides de prendre le pouvoir.
Tu t’es révolté. Tu as commencé à avoir des pannes, des retards à l’allumage.
Aujourd’hui force est de constater que c’est toi qui commandes.
C’est toi qui décides des activités possibles ou impossibles. De ce qu’on peut faire ou pas.
Moi je me dis : « Ah oui essayons ça ! » et toi tu cries : « Ah non c’est trop douloureux ! » Ou bien : « Okay tente-le, mais ne viens pas te plaindre si demain tu ne peux plus marcher… »
Alors le rapport s’est inversé. Maintenant c’est toi le chef. Et moi je fais en fonction de ce que tu supportes. Juste retour des choses.
Il va falloir apprendre à nous accorder si nous voulons continuer encore un moment ensemble.
Evelyne Le Coz
L'orage va gronder,
Ecoute...
Ecoute le silence électrique,
Ecoute comme l'air devient solide,
Ecoute l'énergie qui se concentre.
L'orage va gronder.
Ecoute.
Asma Yafi
TU ME MANQUES
Tu me manques.
Tu me manques dans ma tête, dans mes yeux, dans mes mains dans mes os.
Tu n’as pas laissé un grand vide, non. Je suis devenue le vide.
Comme un grand puit noir dans lequel je m’enfonce.
Je tâtonne, je te cherche, je m’épuise à te retrouver.
Je t’entends, je m’attends à te voir là où tu n’es définitivement plus. Là où tu ne seras plus jamais.
Je sens ton poids sur mon corps, je sens ton corps sous mes doigts. Mais c’est l’absence qui me pèse.
Un seul être vous vous manque et tout est dépeuplé… C’est faux. Je suis trop entourée, ça grouille de monde, ça pullule, ça m’oppresse.
C’est juste toi qui n’es plus là et le vide de ta toute petite place qui est trop grand autour de moi.
Je rétrécis sans toi. Je me recroqueville. Bientôt je n’existerai plus que par le manque.
Ça va passer, le temps guérit tout…
Je n’ai pas envie que ça passe, je n’ai pas envie de guérir.
J’ai juste envie que tu sois là, contre moi, que tu me regardes avec de l’amour dans tes yeux.
Si je guéris, si je t’oublie, on n’aura jamais existé, et ça ce n’est pas possible…
Alors quoi ?
Comment je fais maintenant ?
Comment je continue ?
Comment ?
Evelyne Le Coz
« Mais on est Noirs, non ? » se demanda-t-elle.
Comment peut-on en arriver à émettre le doute sur sa propre couleur ? A quel moment Noir cesse d’être une couleur,
Et devient une origine ?
A quel moment Noir est devenue une culture Qui attise
Les CONS-voitises
D’une soif jamais étanchée ?
Le Met Gala de 2025 a mis à l’honneur l’héritage noir des africains d’amérique... Hallelujah mes frères, Hallelujah mes sœurs.
Mais quand les blancs t’autorisent un soir A être noir,
Est-ce qu’on est vraiment Noir ?
Ou juste non-blancs...
Asma Yafi
“Le fil de l’Écrevisse”
Elle tisse
Visse
Crisse, la plume de l'Écrevisse!
Les mots s'enchaînent, s'emmêlent, se déchainent et se démènent.
Et elle nous emmène.
La mine joue
Et le fil, petit à petit, se dénoue.
De la pointe de son stylo,
L'Écrevisse élève les mots,
Sans élever la voix,
Et parle de toi, et toi, et toi,
Et moi.
Asma Yafi
- Quand je serai grand, ma maison sera immense !
- Ah ouais ?
- Ouais ! et j’aurai un immense jardin. Et des animaux ! des chevaux, des girafes, et des lions. Et un chien. Et il y aura un énorme lac aussi, avec un plongeoir.
- Et t’auras une salle de jeux ?
- Ouais, un peu que j’aurai une salle de jeux ! j’aurais tout un étage ! il y aura un vrai circuit de petit train et on pourra même faire du skate d’un bout à l’autre. Et un escalier gigantesque, comme dans les châteaux. Et on fera du toboggan sur les rampes.
- Waw ... et dans ta chambre, tu auras le droit de laisser du bazar ?
- Ben ouais, je ferai ce que je veux, je serai chez moi ... mais bon, faudra quand même ranger de temps en temps quand j’inviterai les copains.
- Ils pourront dormir chez toi, les copains ?
- Carrément ! je te dis, ma maison sera immense ! tous mes copains auront leur chambre !
- Trop bien ! mais c’est pas très drôle d’aller chez un copain pour une pyjama party, et de pas dormir dans la même chambre... parce que quand les parents disent bonne nuit et éteignent la lumière, ben on peut encore rester réveillé, dire des bêtises et rigoler dans le noir. Moi, j’aime pas trop le noir, je dors avec la porte un peu ouverte et maman laisse la lumière du couloir allumée. Toi, t’as pas un peu peur du noir ? il y aura la lumière allumée dans ta grande maison quand je viendrai dormir ? et si ta chambre est trop loin, comment on fait pour se parler ?
Finalement, je crois que je viendrais pas à tes pyjama party quand tu seras grand…
- Attends, attends ! j’ai une idée ! ma maison sera pas immense, t’as raison, c’est nul. En plus, faudra que je range tout après… Et ça fera trop de chambres, plus tout l’étage de jeux. Et comme je suis allergique à la poussière, maman, elle est obligée de faire le ménage plein de fois… non, on n’a qu’à dire que ma maison, elle sera normale. Mais avec quand même une pièce rien que pour les jeux. Mais pas trop grande ! hein, c’est mieux comme ça, non ? et il y aura un grand parc avec une rivière. On irait pêcher et on aurait des bottes et on marcherait dedans le plus loin possible. Et un grand arbre aussi dans le jardin. Géant, l’arbre ! et on pourrait y grimper et se pendre à ses branches.
Et dans ma chambre, pas trop grande, elle sera juste grande comme il faut hein ! pour qu’on dorme tous dedans. On pourrait même monter la tente de papa, celle qu’on emmène en camping et qui est super grande. Et on la mettrait dans ma chambre, qui sera grande mais pas trop. Et dans la tente, on aurait tous des lampes frontales. Et si l’un des copains a peur du noir, et ben on allumerait nos lampes et il n’aura plus peur…
De toute façon, quand je serai grand, j’aurai une maison où rien ne fera peur.
Asma Yafi
SE BROSSER LES DENTS
Ouvrir le tube de dentifrice
Faire tomber le bouchon
Râler
Le ramasser
Appuyer sur le tube
Etaler la pâte
Reboucher
Brosser
Se regarder
Brosser
Avoir l’air bête
Brosser
Compter 3 minutes
Brosser
Cracher
Faire couler l’eau
Remplir le verre
Rincer
Cracher
Rincer
Recracher
Regarder ses dents dans le miroir
Se trouver ridicule
Sourire
Sortir
Evelyne Le Coz
Jeter
Ton sourire narquois quand je rate devant les enfants et pour la énième fois ma crêpe au sucre.
Tes yeux bleus comme là-bas mais je n’y suis plus, « là-bas »
Ta casquette que je voyais passer le long de la grille de la maison pendant notre divorce.
Tes paroles en tout genre sur les pieds-noirs envahisseurs.
Tes silences quand je réclamais des explications.
Retenir
Que malgré tout la vie est belle et mes enfants sont heureux .
Qu’à ma petite fille Juliette j’apprendrais les mots qui consolent.
Le goût de la pastèque croquée sur la plage un soir de pleine lune.
L’atelier d’écriture où chacune se lance dans son récit sans retenue.
La chanson d’ADAMO « Retiens la nuit »
Les graines couscous au lait et aux raisins secs dans ma bouche.
Le sable entre mes doigts pour retenir toute l’enfance d’un seul bloc .
Annie G
SENTIR
Toutes ces odeurs qui me reviennent
Le parfum de ma mère, les cigarettes de mon père
L’enfance qui se ramène
Mess narines qui frémissent
Le patchouli dans les petites fioles chez Pier Import, les cigarettes mentholées pour faire genre
Souvenirs d’adolescence.
Et puis après devenir grande,
L’odeur et le goût du sel sur sa peau après la plage
Les vêtements qui empestaient le tabac froid quand on rentrait de boîte.
Pour me réconforter je peux convoquer à volonté
Le parfum de la peau de mon bébé
et l’odeur de pop-corn de la fourrure de mon chat
Sentir aussi ce que je voudrais oublier :
Odeur d’hôpitaux, de corps souffrants, d’encens dans des églises
Sentir encore le parfum les fleurs, de l’iode sur la plage, de l’herbe coupée, de la terre après la pluie, du cuir dans une maroquinerie, du chocolat quand on soulève le couvercle de la boîte.
Sentir pour convoquer des souvenirs
Senti, sentir encore, pour oublier qu’un jour je vais mourir.
Evelyne Le Coz
Tes mains minuscules où tu pourras plus tard inscrire tes pâtes de mouche de petite fille rêveuse et indisciplinée.
Tes mains qui tiennent dans les miennes fripées par le récit de ma vie passée.
Ma peau, en dentelle, d’avoir déjà beaucoup vécu à empoigner la douleur et à la faire disparaitre ;
Ta main qui plus tard recevra ton premier amour .
Ta main que je ne lâcherais pas en prenant la tienne pour l’éternité.
Annie G
BAIGNOIRE
Un soir tranquille, délassement du corps, eau chaude et bain clapotant. Fantasme de relaxation.
Je me salle de bains, je me baignoire en pierre, et robinet réglage.
Glissade d’un coup, pieds passage rapide, corps planeur sans contrôle. Ma tête hors connection.
Envolage !
Puis attraction terrestre…
Tout le corps. Contact très fort du dos avec la pierre. Douleur intense, coupage du souffle.
Brisure des côtes, hématomage des jambes et des bras. Aimantage des fesses sur le fond de la baignoire glissante.
Impossible respiration, douleur insoutenable, cerveau en débranchage.
Faiblesse d’appel à l’aide : «Au secours ! Impossible extirpation autonome du piège … »
Je rancune tenace à la baignoire !
Je mal pendant des semaines
Evelyne Le Coz
ECRIRE
Empoigner le stylo.
Tirer le capuchon de la main gauche.
Positionner le crayon tenu entre le pouce et l’index, le majeur en soutien, le poignet appuyé sur la feuille.
La mine glisse, les yeux suivent l’écriture qui file de gauche à droite.
Un petit soupir s’exhale, le cerveau turbine. En fait il a déjà commencé à bosser avant même que la main s’active.
Le cœur bat un peu plus vite au début, puis se tranquillise, et puis réaccélère un peu quand la fin du temps arrive.
La main gauche soutient la tête, gratte un peu la tête aussi si l’inspiration ne vient pas.
La main droite fatigue. Petite rotation du poignet pour soulager.
Les jambes s’agitent un peu. Quelques fois un pied tressaute pour faire venir l’inspiration. Sinon les pieds sont fermement ancrés dans le sol.
Comme le derrière est bien posé sur la chaise.
En ce qui concerne le dos, il ne se posera sur contre le dossier qu’à la fin, quand le texte sera fini.
La main droite tourne les pages en arrière pour revenir au début du texte, les yeux relisent, le cerveau corrige.
La main gauche remet le capuchon du stylo.
La main droite repose le crayon sur la feuille.
La tête se redresse.
Le dos se détend.
Evelyne Le Coz
LES MAINS
Tu as eu peur de rater le train : tu as couru sur le quai, sauté dans ton wagon, et là tu viens de t’affaler sur ton siège, rouge, transpirante et essayant de reprendre ton souffle…
Après quelques instants, tu te tortilles sur ton siège, tu attrapes ton sac, en extirpe ton téléphone, une bouteille d’eau, et un livre que tu disposes sur la tablette devant toi. Tu commences à lire.
Au bout d’un quart d’heure, tu t‘ennuies. Tu laisses tes yeux se balader autour du wagon, sans rien repérer d’intéressant. Tu vas reprendre ton livre, quand tout à coup ton regard se pose par hasard sur les mains de ton voisin.
Il est immobile, les mains posées inertes sur la tablette. Tu n’as jamais vu des mains pareilles ! Tu penses : Ce ne sont pas des mains, ce sont des pattes ! Des battoirs ! Des raquettes de ping-pong !
Les paumes sont gigantesques, les doigts épais évoquent des saucissons, les ongles sont courts, carrés, larges. Propres, heureusement… Une énorme alliance couvre presque une phalange immense. Elle semble presque incrustée dans la peau. Tu te demandes s’il pourra un jour la retirer. Après tu te demandes pourquoi il aurait besoin de la retirer d’ailleurs !
Sur les doigts, quelques poils foncés batifolent, presque frisés. Tu te demandes s’il a déjà pensé à les faire épiler. Dans la foulée tu te dis qu’avec des mains aussi énormes ça doit pas être le genre à fréquenter des centres esthétiques ! Et puis tu t’en veux d’avoir des préjugés aussi basiques.
N’’empêche tu te demandes ce qu’il peut bien faire avec ses grosses mains : bûcheron, catcheur, étrangleur ?
Et puis Laurence siffle la fin de l’exercice, ce qui t’obliges à arrêter d’y penser avant que ton imagination ne déborde…
Evelyne Le Coz
Elle cavalait admirablement mal
Sans rythme
Sans grâce
Sans souplesse
Tristesse
Mais quelle aisance
Sur les terrains de tennis
Un service portait son nom !
L'Arbrelle
Vas-tu vivre ta vie mon amie ?
Vas-tu vivre sans vice, sans jamais être ivre ?
Vas-tu vivre sans expérimenter, sans respirer ?
Vas-tu vivre à tourner, virer, visser, dévisser ?
Choisis de vivre ta vie, mon amie
Et tu pourras respirer, traverser, exister, te tromper, recommencer
Fais ce que tu veux mon amie, mais VIS.
Evelyne Le Coz
CONVERSATION AVEC MON CORPS
Allo mon corps ?
Tu m’entends toujours ?
Bon, tu m’entends mais tu ne m’écoutes plus…
Je sais, pendant des années, c’est moi qui ne t’ai pas écouté
Tu étais toujours là fidèle au poste. Solide, souple, aimable, aimé, caressant, caressé, performant
Je pouvais presque tout te demander, tu répondais présent à tous les coups.
Quand est-ce que tu as eu plus de mal à suivre ? Je n’ai rien remarqué, ou rien voulu voir.
J’ai continué à user de toi sans plus de précaution
Jusqu’à ce que tu en aies marre et que tu décides de prendre le pouvoir.
Tu t’es révolté. Tu as commencé à avoir des pannes, des retards à l’allumage.
Aujourd’hui force est de constater que c’est toi qui commandes.
C’est toi qui décides des activités possibles ou impossibles. De ce qu’on peut faire ou pas.
Moi je me dis : « Ah oui essayons ça ! » et toi tu cries : « Ah non c’est trop douloureux ! » Ou bien : « Okay tente-le, mais ne viens pas te plaindre si demain tu ne peux plus marcher… »
Alors le rapport s’est inversé. Maintenant c’est toi le chef. Et moi je fais en fonction de ce que tu supportes. Juste retour des choses.
Il va falloir apprendre à nous accorder si nous voulons continuer encore un moment ensemble.
Evelyne Le Coz
L'orage va gronder,
Ecoute...
Ecoute le silence électrique
Ecoute comme l'air devient solide
Ecoute comme l'énergie se concentre
L'orage va gronder. Ecoute.
Asma Yafi
Vas-tu vivre ta vie mon amie ?
Vas-tu vivre sans vice, sans jamais être ivre ?
Vas-tu vivre sans expérimenter, sans respirer ?
Vas-tu vivre à tourner, virer, visser, dévisser ?
Choisis de vivre ta vie, mon amie
Et tu pourras respirer, traverser, exister, te tromper, recommencer
Fais ce que tu veux mon amie, mais VIS.
Evelyne Le Coz
