Juillet 2026
Sur les murs
Sur les murs, j'ai trouvé une poésie faite par des enfants qui parlait de chat, de sorcière.
Elle racontait la fête qui avait eu lieu ici un jour avec tout ce petit monde.
Je la lisais lentement, tendrement et m'émerveillais de tous ces mots réunis sur ce support. Ce petit peuple m'avait émue et j'avais envie de crier ou d'utiliser un crieur pour clamer cette poésie.
MJF
Il y a quelques mois j'ai déménagé dans un nouveau quartier. Comme j'ai un abonnement à la pharmacie, il fallait que j'en trouve une bonne, ou je m'y sente bien, prise en compte. J'ai fait un premier test qui a échoué, mais je n'ai pas perdu espoir. Le deuxième était définitivement le bon. La première fois que j'ai fait face à cette pharmacienne, j'ai vu son grand sourire dans ses yeux. Elle porte toujours un masque. Mais ses yeux parlent autant que sa voix. Elle est douce dans ses mots, attentionnée dans son regard, et un détail qui est très important à mes yeux : elle ne pense pas à ma place, ne me dit pas quoi faire comme beaucoup de soignant·es. Elle m'écoute.
La semaine dernière je suis arrivée avec mon ordonnance, ses premiers mots ont été : il est joli votre Keffieh. Moi, je l'avais oublié autour de mon cou. On a enchaîné avec mon ordonnance, et avant que je parte elle m'a demandé si l'on ne m'embêtait pas trop dans la rue, et m'a soufflé de faire attention à moi. Pas avec un air parental ou de jugement, mais comme on peut le dire à des proches auxquels on tient beaucoup.
Je me souviens des mois qui ont suivi le 7 octobre. Des mois sans sommeil, à regarder les premières images d'un génocide qui me retournait déjà le cœur. Pendant des mois j'ai reculé le sommeil, le plus loin possible, comme pour me punir de ne pas savoir quoi faire. De ne pas savoir quoi faire d'autres que de regarder, terrifiée, comme beaucoup d'entre nous je crois. L'incompréhension d'une telle inhumanité. Et puis après plusieurs mois j'ai culpabilisé de prendre de la distance pour retrouver une santé mentale un peu moins pire.
Il y a quelques jours, avant d'être arrêtée illégalement comme toutes les personnes étant sur le Madleen, Rima Hassan a déclaré "on pense libérer la Palestine, mais c'est elle qui, chaque jour, nous libère un peu plus." je trouve cette phrase terriblement dure, mais sans doute très juste. Les Palestiniens, les Palestiniennes, au milieu d'une tuerie innommable, prouvent chaque jour leur humanité, leur générosité. Les enfants ont envoyé des cadeaux en remerciement aux personnes qui les soutiennent financièrement. On voit sur les vidéos que toustes aident des soignant·es qui, miraculeusement, trouvent encore la force de s'enfoncer dans les décombres pour sauver les personnes qui peuvent l'être.
À nous qui ne sommes pas dans ces décombres, à nous qui avons la chance de ne pas affronter chaque seconde la mort, à nous qui ne savons pas comment agir, qui nous sentons impuissant·es, retenons Ça. Retenons leur combativité, leurs espoirs, leur humanité. Retenons les sourires dans la rue face à nos keffiehs, nos cris quant ils sont en cœur, notre espoir malgré nos gouvernements. Il aura fallu longtemps pour que les peuples crient enfin en cœur. Continuons donc de crier. Unissons nos cœurs jusqu'à l'usure.
ARG
Tu te rends compte ?
Ça y est ! On est mariés !
Wouhou ! ça y est, c’est fait !
Des mois qu’on prépare cette journée et ça y est… elle est… passée…
Wahou…
Déjà !?
Elle est déjà passée ? Finie ? Terminado ?
Nan, mais c’était trop court ! J’ai à peine eu le temps de parler à mes cousines et encore moins à ta tante… et les Lillois ? tu leur as parlé, toi ? Je discutais avec eux un moment, mais on a été interrompus et je ne suis jamais revenue vers eux…
Et le dîner ? tellement bon !
Et les surprises de nos témoins ? c’était vraiment trop chouette !
Et la danse… NOTRE danse… des semaines à la répéter et ça y est, on l’a faite !
A quoi on va passer nos soirées et nos weekends maintenant ?
C’est passé tellement vite que j’ai du mal à réaliser en fait…
Heureusement qu’on a eu cette pause au milieu de ce tsunami d’attentions, non ?
Vraiment, ce temps suspendu, tous les deux, entourés de ces couleurs automnales à profiter, se regarder, s’embrasser… les photos vont être canons, j’ai trop hâte de les voir !
Pas toi ?
Ah mais… tu dors ?
Marine Sidney-Renaud
Un jour, j'ai lu une poésie. Tendrement, délicatement et le bouleversement de cette lecture me laisse encore aujourd'hui un souvenir éclatant. Ce qui est étrange avec ce texte c'est qu'il me parle, il me parle au plus profond de mon cœur, de mon âme.
En italien, le mot âme se dit « anima » et il est plus proche de ce que je ressens quand je lis cette poésie. Elle anime quelque chose en moi, quelque chose d'intime, logé dans les profondeurs de mon être. Et pourtant de cette poésie je ne sais pas si je comprends tout ce qui est dit. Mais la mélodie de cette prose est puissante et dépasse la compréhension de mots juxtaposés, dactylographiés sur un papier. De quoi parle cette poésie ? De ce que j'en comprends du moins, de l'humanité.
MJF
Journal du Pr Larimar
– entrée du 15 mars 2222
Nous avons avancé dans nos recherches et excavations de la zone 42. Il apparaît très clairement qu’un groupe de personnes préparées aux catastrophes vivait dans les environs. En effet, plusieurs abris souterrains blindés ont été retrouvés dans cette zone. D’après les informations que nous avons pu consulter auprès des archives militaires, il s’agit bel et bien d’équipements particuliers.
L’étanchéité de celui que nous avons ouvert aujourd’hui était encore parfaite. Nous avons trouvé là un groupe de 6 personnes qui vivaient dans cet abri et qui y sont morts. Les analyses de leurs corps apprendront beaucoup de choses à mes collègues. De mon côté, je m’émerveille de tous ces objets de l’époque que nous découvrons à chaque ouverture d’abri.
C’est un peu comme si c’était Noël chaque jour pour moi.
Si je devais n’en choisir qu’un aujourd’hui, ce serait ce petit objet pavé. Nous en avons retrouvé plusieurs, certains tout à fait identiques, d’autres avec une enveloppe d’une autre couleur ou d’une taille un peu plus longue. Sur les enveloppes plastiques, on retrouve généralement des mots comme CONFORT, DOUX, MOUCHOIRS. Aucune idée de ce que sont des mouchoirs – enfin maintenant, si je vois ce que c’est – mais à quoi est-ce que cela pouvait bien servir ?
Le principe est toujours le même, à l’intérieur de l’enveloppe plastique qui s’ouvre, on retrouve comme du papier, plutôt doux effectivement, comme cela est écrit, presque soyeux, plié très proprement et au nombre d’une dizaine. Certains de ces paquets étaient entamés. Donc je présume que ces « mouchoirs » s’utilisent plutôt à l’unité ou par petit groupe.
J’ai essayé d’écrire dessus et je peux affirmer que cela ne servait pas à cela. Ou alors, ils possédaient des outils pour écrire différents des nôtres et, dans ce cas, j’espère mettre la main dessus prochainement.
Marine Sidney-Renaud
J'arrête pas d'entendre ou de lire des choses comme "malheureusement j'étais célibataire"
Si on écoute la société, en effet c'est un malheur. Si on s'écoute soi, ça peut aussi être un bonheur, et un choix. C'est un choix que j'ai fait il y a presque 2 ans, et je ne le savais pas mais c'était pour mon bonheur. J'avais même décidé d'arrêter, non pas que le couple, mais même toute fréquentation intime. J'avais fini par noter sa date d'anniversaire, à ma solitude, pour la fêter tellement ça m'a rendue heureuse.
Je pense aussi que la solitude peut être nécessaire. C'était mon cas. Ça me rappelle mon hospitalisation pour tca (troubles du comportements alimentaire) : c'est bon, je suis prête à sortir de l'hôpital, à essayer de m'adapter au monde extérieur. Comme pour elle, cette année j'ai ressenti le déclic : c'est bon, je suis prête à relationner, à me consacrer à une autre personne. À relationner sainement, pas parce qu'on m'y oblige ou pour combler un vide. J'ai guéri de la maladie de l'injonction à être en couple, d'une certaine manière. Guéri du fait de devoir être en relation, de devoir fréquenter des gens, pour "aller bien". C'est faux. On ne va pas bien à courir après des culs pour nous éviter nous-mêmes. Ça m'a d'ailleurs apporté un grand apaisement, d'être seule. Ça m'a permis d'apprendre à me prioriser moi. Et de consacrer plus de temps à ma vie familiale, amicale, professionnelle. Ça m'a enlevé une charge mentale, de tout le temps avoir à essayer de déchiffrer un·e autre qui n'a pas appris à communiquer, ou au minimum, qui a appris à communiquer différemment de moi. Maintenant, je sais que ce ne sera pas n'importe qui, que cette personne aussi, je l'aurai choisie. J'apprends avec plus de recul à dire "non merci", à me dire à moi et de dire à l'autre : "ça ne me convient pas". Ce n'est pas un drame d'être seul·e, ça peut aussi être une réussite, de désacraliser le couple.
Même si aujourd'hui je vois à nouveau l'autre comme une possibilité, le travail n'est pas terminé, je retourne donc m'y atteler !
ARG
Ciel
Lever les yeux au ciel,
regarder les étoiles et
s'éblouir de leur beauté
MJF
Sortir de ce silence pourtant si plaisant
Trier les informations gramme par gramme
Formuler et clarifier une ou deux idées
Rattraper ce rameur qui tente de s’enfuir
Affiner mon flow pour préparer la suite
Confronter l’amant doublé d’un voleur de cœur
Clamer son innocence sans y croire du tout
Préparer l’écriture d’une épigramme moqueuse
Marine Sidney-Renaud
Raison
D’être
Ma vie
Mon cœur
Mon âme
Amour
Toujours
Mourir
Jamais
Marine
Sidney
Renaud
Tu es grand
Je suis petit
tu es noir
je suis blanc
et alors !!!
Si on pouvait tout dire,
se dire, redire,
Quels mots seraient posés
là au milieu des pavés
La vie est fragile
Protégeons-la, Partageons-la
MJF
Mon premier mec « gentil » avec qui j’ai eu une relation sérieuse (ce que j’appelais gentil à l’époque c’était un mec qui ne me tapait pas dessus et ne passait pas son temps à me dévaloriser).
Donc, mon premier mec gentil, pour une raison tout à fait logique, on ne pouvait pas se voir chez lui, en foyer. On se voyait donc toujours chez moi.
Quand tu rencontres quelqu’un·e, au début tu te dis « je fais tout pour que l’autre se sente bien chez moi, je ne vais pas lui demander de l’aide, c’est l’invité·e »
Comme quand tu reçois n’importe qui en fait : vous venez chez moi, je m’occupe de tout.
Sauf que.
Sauf que, je n’ai jamais eu d’aide, chez moi.
Sauf que du coup on ne se voyait que chez moi.
Donc
je préparais toujours à manger (parce que oui, même en étant amoureux·ses, on mange)
Ou alors, parfois, par miracle, il commandait.
Sauf que.
Sauf que j’ai du mal à accepter que l’on m’offre des choses.
Mais j’ai fini par le faire, de temps en temps, parce que c’était trop bien d’être ensemble, et que je voulais en profiter et qu’il ne s’en aille pas.
Ou pas sans moi.
Alors, de temps en temps, il m’offrait à manger.
Sauf que.
Sauf que vite, on a tourné en rond : il commandait toujours la même chose !
My woke. Les mêmes pâtes, le même complément, la même sauce.
Toujours.
Donc.
Donc, quand j’ai commencé à comprendre et me lasser,
je me suis dit que si je voulais manger autre chose que des pâtes supplément fêta, ananas et sauce panda, et bien…
Et bien il fallait juste que…
Il fallait juste que je cuisine.
Et puis très souvent (trop ?), il me disait « il faut que je déménage », « faut que je passe le permis », etc.
Sauf que…
Sauf que rien.
Si je ne lui montrais pas des appartements,
si je ne le poussais pas à aller au-dessus des mots,
rien.
Alors j’ai commencé à partir.
Dans ma tête au début, très doucement.
J’ai commencé à fatiguer, aussi.
De faire toujours à manger, de faire toujours le ménage, de faire toujours…
De faire toujours la meuf qui motive l’autre, à faire.
Alors j’ai commencé à partir.
Dans ma tête, au début, très doucement.
Au début, je ne l’ai même pas senti.
Et puis.
Et puis je m’en suis voulu.
Je me suis dit « mais, c’est un gentil ! »
Et puis, et puis malgré tout, je l’aimais beaucoup.
Sauf que, je ne l’aimais plus assez, ou pas pareil.
Je me suis dit que c’était moi le problème. Ben oui, c’est normal : c’était un mec gentil après tout.
Et un mec gentil, pour moi, c’était rare.
Plus que rare même, c’était nouveau.
Alors j’ai patienté, même si j’étais en train de partir, sans le savoir, tout doucement.
Et puis.
Et puis un jour, c’était le dégoût.
Comme ça.
Sans le savoir.
Un jour, même un bisou.
Même un bisou, c’était dégoût.
Je me suis dit « mais, c’est un gentil ! Et puis tu l’aimes… »
Et puis.
Et puis mes ami·es l’aimaient beaucoup
Et ma famille, aussi.
Du coup.
Du coup, c’était moi le dégoût.
C’était moi, pas normal, pas normal ce dégoût pour ce chou.
Moi, j’aimais que les méchants, apparemment.
Que les personnes qui me font du mal, pas les gentils, comme lui.
Sauf que c’est le dégoût qui a gagné.
Le dégoût il m’a dit « c’est fini »
Ben oui, c’est compliqué un couple qui ne s’embrasse pas.
Qui ne s’embrasse plus.
Qui s’énerve tout le temps.
Il m’énervait tout le temps.
Je n’en pouvais plus, de tout faire tout le temps.
Alors un jour,
Un jour, et bien,
c’est fini.
Alors longtemps, je me suis dit,
« je n’aime pas les gentils ».
Et bénie soit ma psy,
qui, elle, m’a dit « le problème, c’est pas les méchants et les gentils,
le problème, c’est les enfants. »
Comment ça les enfants ?
Le problème c’est les enfants, enfin…
les enfants qui ne grandissent pas.
Alors, après longtemps, j’ai compris.
Si j’ai aimé un gentil, c’est que je peux aimer sans coups,
et qu’aimer les méchants et bien,
Et bien ce n’est pas de l’amour.
Aimer les méchants c’est de l’emprise, parfois.
Et l’emprise, ça n’aime pas.
Alors, après longtemps, j’ai compris.
J’ai compris que j’étais capable d’amour.
D’amour fort, d’amour puissant.
Mais sans enfant.
Et puis
Et puis l’autre jour, j’ai préféré me promouvoir en tant que gardienne d’enfant.
L’homme était beau, sans aucun doute.
L’homme était gentil, sans aucun doute.
Mais quitte à m’occuper d’un enfant, autant garder les siens.
ARG
Liberté mot magique
et s'il pouvait s'appliquer
à tous les êtres du monde ?
Les chaussons fatigués étaient déposés au pied du sapin.
Les enfants les regardaient en imaginant déjà les cadeaux qui y seraient déposés.
MJF
Demain, ce sera bien.
Aujourd’hui, c’était trop tôt.
Hier ou bien avant, n’en parlons même pas.
Il faut que ce soit au bon moment, sinon ça ne va pas.
Alors, oui, ce sera bien, demain.
Marine Sidney-Renaud
Balade dans la rue
Inspirer sur 4 temps
expirer sur 6 temps
mes pas se concentrent sur ce comptage pour penser à respirer
moi qui suis toujours en apnée
Inspirer sur temps 4 temps
expirer sur 6 temps
1, 2, 3, 4
1, 2, 3, 4, 5, 6
Je déambule dans les rues
Mes yeux cherchent un détail
s'égarent pour échapper à ce comptage débile
1, 2, 3, 4
1, 2, 3, 4, 5, 6
« Fuck » « A mort »
les mots écris sur ce mur me percutent
violence quotidienne
violence urbaine
1, 2, 3, 4
1, 2, 3, 4, 5, 6
plus loin des dessins noirs brutaux pas de couleurs pas de vie juste choquants
1, 2, 3, 4
1, 2, 3, 4, 5, 6
Besoin d'inspirer et d'expirer encore plus vite
1, 2, 3, 4
1, 2, 3, 4, 5, 6
J'étouffe ce décompte me fait perdre mes repères
Mes pas me ramènent enfin près des arbres, de la nature, du vert, enfin je respire.
MJF
Il y a des avants et des après.
Des pendants aussi.
Les vacances, les décès, les mariages, les naissances, les fêtes de famille, les retrouvailles entre amis.
Des parenthèses dans nos vies.
Des respirations.
Ou des soupirs.
Des éparpillements temporaires.
Il y a des débuts et des fins.
Des fins où tout redevient comme au début.
Comme cet été, où tout a repris sa place, sauf moi.
Marine Sidney-Renaud
Dans le potager, chaque été, ça pousse. Ce sont d'abord les radis qui montrent leur frimousse.
Les salades ensuite apparaissent petit à petit.
Les plants de tomates attendent sagement la pluie
Mais gare aux limaces qui siestent sur la mousse
ou qui glissent sur le gazon
et descendent l'escalier en colimaçon
et se poussent en se donnant des coups sur la frimousse
Et pif dans le nez
et paf dans les dents
et la figure devient bonhomme en mousse
en mousse de coton dit l'un
Non en mousse de lin
ah quelle frousse !
MJF
titres de journaux en décalage :
-
Bug de téléportation : le Président retrouvé dans les Vosges
-
Les hommes-poissons réclament des droits !
-
Les injections de sérum lunaire sont-elles sans danger ?
-
15è anniversaire de la disparition du dernier homme : oui, les femmes vivent mieux !
-
Le gouvernement lance une campagne de recrutement de professeurs pour remplacer l’IA
-
Jésus est revenu
Marine Sidney-Renaud
Continuum
On aurait pu penser que le monde avait changé après tous ces cataclysmes mais ce n'était qu'un continuum, qu'une succession de moments contigus en éternelle répétition.
On aurait pu penser que ces catastrophes avaient changé le regard des humains sur la préciosité de la vie, mais ce n'était qu'une continuité d'absurdités incessantes.
On aurait pu penser que ces épreuves auraient permis de retrouver un sens de partage et d'harmonie. Mais non ce monde était constitué de sombres abrutis ne pensant qu'à leur pomme.
Dans cette immensité, dans cette nuit sidérale, toutes les particules de tous les humanoïdes avaient été transmutées, transformées, métamorphosées. Dans ce film d'anticipation, dans cette dystopie, les métamorphoses avaient été programmées par des robots sans une ride ressemblant à des astéroïdes. Les robots utilisaient des technologies dépassant les langages codés que les humains connaissaient. Complètement dépassés les SQL, le SAS, le python, le java, le R, le java script, les C, C+ ou C+++.
Pour ces savants implacables la tâche s'avéra toutefois ardue, longue et fastidieuse même pour eux qui en avaient vu bien d'autres.
Au bout de long mois de travail, ils ont fini par élaborer une théorie parfaite pour prolonger la vie des particules en les concaténant en un continuum discontinu contigu. Il ne restait plus qu'à les faire alunir.
MJF
La fierté
Elle se trimbale bien droite dans son costume marron à pince, bien redressée, les épaules en arrière. La mèche de cheveux noir très gominée à droite. Ainsi aucun cheveu ne dépasse... On ne rigole pas avec la posture !!! L'attitude doit être digne, élégante, un brin provocatrice. Le menton légèrement reculé. Signe de « il ne faut pas me la raconter »... Le nez dans cette posture semble lui aussi redressé comme pour humer ce qui arrive et garder en toutes circonstances la maîtrise de la situation. Le regard franc, direct, perçant jaugeant l'interlocuteur en un éclair semble montrer de l'insolence, mais c'est seulement qu'elle connaît ses qualités et ses défauts et qu'elle les porte royalement.
MJF
Tous ces mots dits, cette poésie procure une évasion de l'esprit. Un doux réconfort pour les temps difficiles.
MJF
La dernière fois je vous ai parlé d’une amie à moi décédée en fin d’année, dont la mort m’a particulièrement touchée. Pourtant, l’année dernière j’ai perdu plusieurs proches, et je me demandais ce qui faisait qu’elle m’avait touchée plus que les autres. J’ai essayé d’y réfléchir à travers plusieurs éléments de réponses. La dernière fois j’en avais évoqué une. Aujourd’hui, j’en évoquerai une autre. Il y a déjà quelques semaines, pile le mauvais message au mauvais moment. Un ami qui me dit - en résumé - qu’il me met en sourdine parce qu’il ne supporte pas mes non-réponses. Qui me dit que si l’on se croise, c’est cool, sinon tant pis. Que pour lui, il faut savoir prioriser les gens. Qu’en gros, il se sent insignifiant à mes yeux. J’en ai pas dormi de la nuit. ça a résonné si fort, des ricochets sur la culpabilité qui m’envahissait déjà et sur laquelle j'essayais de souffler. Ton dernier message, celui pour lequel tu as dû attendre une réponse qui n’est jamais venue. J’ai toujours été vraiment nulle pour répondre aux messages. Pendant des années j’ai essayé de changer ça, de prendre le temps de répondre tout le temps à tout le monde avec toute l’attention qu’il faut pour chacun·e.
Je n’y suis jamais arrivée. Répondre m’angoisse, parce que je veux prendre le temps de le faire correctement. Pour fixer des rdv ça va encore. Mais pour avoir des discussions profondes, ou au contraire faire du small talk, impossible. J’ai 3 comptes insta, 6 adresses mails, un Facebook, 2 téléphones, etc. Et j’aime les gens, profondément. Beaucoup de gens. J’en ai perdu, des gens aimés, à force de ne pas savoir gérer. Mais j’essaie aujourd’hui de réussir à faire avec la personne que je suis. La nullité pour répondre aux messages, elle fait partie de moi. Pour dire, j’ai une liste des personnes à qui je dois prendre le temps de répondre. Je ne sais même pas pourquoi je l’écris, je l’ai en tête dès le matin au réveil, cette liste. Et ça aussi, ça m’angoisse. Ne pas répondre m’angoisse autant que répondre. La liste ressemble tous les jours un peu plus à celle de la veille. J'en fais même des cauchemars. Oui oui, un jour j'ai rêvé qu'une amie à moi posait une main courante. Toujours cette culpabilité qui revient, un refrain permanent dans ma tête, ces pensées constantes de « zut il faut que je prenne le temps de répondre à unetelle ». Après ton décès, j’ai envoyé un message sur un groupe avec des amies du lycée à qui je devais répondre. Je n’ai pas particulièrement répondu à leurs questions, juste je leur ai demandé de ne pas mourir, parce que la mort c’est nul. Comment les autres font ? Je t’ai répondu. Le jour de Noël. La veille de ton enterrement. Pour te dire « merci », pour te dire « je t’aime », comme si ça allait m’aider à mieux le faire devant ton cercueil. Ou peut-être pour retarder encore un peu ta mort. Je ne sais pas. Ce que je sais, c’est que le lendemain, ton cercueil était tout flou, et ma main toute tremblante. J’espère que toi, comme les autres personnes de ma vie, vous la savez, toute ma gratitude, tout mon amour. Parce que si le temps me manque pour répondre à vos mots, mon coeur lui est immense et aimerait porter tous vos maux.
ARG
Elle devait faire dans les 1m65, peut-être même un peu plus, mais aujourd’hui, on la décrirait plutôt comme un petit bout de femme. Les années filent…
Des choses restent immuables pourtant comme son goût pour les habits élégants, les toilettes raffinées. Elle ne sort jamais sans maquillage – eyeliner, mascara, rouge à lèvres. Celui-ci finit par s’estomper au rythme des cigarettes fumées. Son accessoire préféré ? De grandes lunettes de soleil qui lui donnent un air mystérieux et fatal selon elle.
Un look toujours impeccable, une ligne aussi fine qu’à ses 20 ans, une démarche malgré tout hésitante de temps à autre qui vient trahir les années qui passent.
Son secret forme et beauté : ne se faire du souci pour rien ni personne.
Marine Sidney-Renaud
Mon corps, on pourrait croire à une chambre d’ado.
Alors qu’en fait, non, c’est juste moi… et mon trouble de l’attention.
Donc un bordel, pas toujours joyeux.
Ce n’est pas que les choses ne sont pas rangées, c’est juste que ça peut ne pas paraître logique pour les autres.
Ma tête déborde de mille idées à la seconde, d’angoisses et de démangeaisons.
Mon souffle se coupe à chaque marche un peu rapide ou devant la beauté du monde.
Mon cœur s’emballe beaucoup trop souvent.
Mon ventre ressemble à une bibliothèque dont les étagères se sont cassé la figure.
Mes jambes oublient parfois de me porter.
Beaucoup d’émotions en pagaille, de l’amour à chaque recoin, de la colère pas toujours bien enfouie.
Et dehors… des vestiges d’opérations passées, des marques imposées, des souvenirs souvent douloureux.
Mais aussi, une nouvelle décoration, une reprise en main, des marques choisies pour l’hommage ou pour le fun.
Mon corps et moi, on ne s’aime pas toujours. Il m’agace même parfois… souvent…
Mais mon corps, c’est moi – imparfait et bordélique et c’est bien comme ça.
Marine Sidney-Renaud
Ces quelques mots, sa soeur les avait murmurés, elle en était sûre, et pourtant ils résonnaient tellement fort dans sa tête. Ils faisaient comme un bruit assourdissant long et douloureux. A tel point qu'elle avait l'impression que son crâne allait exploser, comme si un étau l'enserrait puissamment régulièrement au point d'avoir envie de crier, d'hurler, de vociférer mais rien n'était sorti. Elle était comme anesthésiée, sidérée, dissociée. Tout son corps était en arrêt et cela faisait mal, très mal.
MJF
Cette lecture lui avait donné des ailes, elle allait lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, absolument tout. Reste à savoir comment elle allait lui dire. La stratégie devait être parfaite. Elle voulait que cela lui fasse mal. Que sa sœur regrette ce qu'elle lui avait fait et peu importe les conséquences. Sa colère était telle qu'elle voulait l'assommer de cette façon.
Après une longue réflexion, elle trouva la manière dont elle devait lui dire pour que l'impact soit puissant. Elle s'approcha d'elle et lui murmura les quelques mots assassins qu'elle avait soigneusement préparés et elle observa la réaction de sa sœur.
MJF
Dans les rues pleines de pavées ou remplies de gravier,
J'observe mon ombre danser
Elle cherche à jouer avec moi autour du soleil
Ou bien des lampadaires
Parfois, elle disparaît
Depuis mon balcon, armée d'un café, d'une tisane ou d'une clope,
J'observe les voitures de l'autre côté de l'eau
Les passant·es qui passent,
Une ambulance déboule et je sursaute
Les bruits de dehors, les oiseaux et les cris, les claxons et l'eau qui glisse, glisse
Parfois, il n'y a personne, sauf les bruits
Le vent frôle sur ma peau,
Le soleil se couche sur mes paupières
Je resterais bien des heures à sentir le sol se dérober sous mes pieds
Fouler les graviers, gravir les montées,
L'air frais et l'odeur des fleurs
Mais
Vous qui me voyez de l'extérieur,
Voyez-vous mon alerte ?
Entendez-vous ces questions qui tendent ma nuque ?
Sentez-vous ma peur ? On dit qu'elle se sent.
Touchez-vous les vibrations de mon cri intérieur ?
Dans les rues, noires de monde ou complètement vides,
J'observe mon ombre pour prévenir celle d'un autre
Lorsque la mienne m'échappe j'ai le cœur qui recommence à galoper
Vite, trouver un reflet quelque part
Mais ne pas courir, la peur ça se sent
Ils sont aux aguets.
La main qui serre plus fort la bombe au poivre dans ma poche
L'autre main prépare sa griffe de chat dans l'autre poche en positionnant mes clés.
Un doigt, une clé, un doigt, un clé, un doigt, une clé
Depuis mon balcon j'observe les voitures de l'autre côté de l'eau.
J'ai peur qu'il revienne.
Il s'est remis à regarder mes stories de temps en temps
J'ai peur qu'il revienne me guetter
Depuis presque un an, j'observe les voitures de l'autre côté de l'eau pour voir s'il m'observe.
ARG
Dimanche midi, repas entre amis.
C’est le début de l’année. On espère tous que cette nouvelle année sera plus clémente, plus douce, plus sereine que la précédente.
Les enfants font leur apéro-repas assis autour de la table-basse. Ils sont plutôt calmes. Les chats passent à travers les jambes des convives au cas où des mets intéressants seraient tombés.
Nous voilà au dessert, deux belles galettes des rois sont apportées sur la table. Le plus jeune des enfants se cache en-dessous pour répartir les parts. Tout le monde se régale. Une seule fève a été trouvée ! La dernière se trouve dans une des trois parts restantes.
On me fait savoir que ce pourrait être l’heure du digestif… Je descends au sous-sol, tourne la clé et ouvre le confiturier hérité de mes grands-parents pour récupérer deux ou trois bouteilles appropriées.
L’odeur du meuble me revoit trente ans en arrière. Me voilà en vacances, au mois d’août avec mes parents, ma sœur, des oncles et tantes et des cousins. Tout ce monde dans la maison d’été de mes grands-parents, au-dessus du Puy-en-Velay. Nous en sommes au dessert également et je vais chercher le sucre pour les fraises achetées la veille au marché. J’entre dans la cuisine, tourne la clé et ouvre le confiturier pour prendre le pot à sucre tupperware bleu clair délavé. J’aperçois tout en bas les apéritifs et digestifs entreposés.
J’attrape les bouteilles d’armagnac et de poire puis remonte à l’étage. De petits doigts ont visiblement fouillé les parts de galette et trouvé la seconde fève. Deux enfants, deux fèves, deux couronnes. Tout va bien.
Marine Sidney-Renaud
Petit Poucet
Son intention était simple. Il voulait consigner dans ce cahier toutes les peurs, tous les souvenirs toutes les fantaisies même les plus insignifiantes, les plus minuscules qu'il avait dans sa tête dans son cœur. Il voulait les déposer là comme des petits cailloux pour ne pas oublier et garder ces quelques réminiscences précieuses au creux de son âme
MJF
Quelle merde ce mot « Lucide » pour regarder le monde comme il est ? Lucide pour constater que nous allons droit dans le mur, Lucide pour prendre les bonnes décisions ou les mauvaises quelque fois pour les mauvaises raisons par-dessus le marché. Vous aurez compris ce mot « Lucide » appartient à un registre qui ne m'intéresse pas, qui ne me rend pas heureuse. Moi ce que je préfère c'est rêver, oui rêver, imaginer, transposer, décrire, illuminer, mettre en couleur la vie autour de moi. L'enchantement de la vie, c'est mon credo, ma manière de voir le monde et tant pis pour les lucides moi je préfère rêver, rêver éveillée pour transformer ma vie et celle des autres.
MJF
L'échafaud
Dans cet endroit tamisé, l'espace était rétréci. Les cris de la foule lui parvenaient par la fenêtre entre-ouverte, entre-close. Quand le gardien vint le chercher un flot de pensées ensilé dans sa tête se percuta. C'était l'heure, plus de marche arrière possible, les lourdes chaînes s'entrechoquaient comme pour l'accompagner vers l'échafaud. Son flot de pensée s'était transformé en hurlements et en cris de rage intérieurs qui tapaient à ses oreilles au même rythme que son cœur. Au moment où il entrait dans la cour, c'était clair une page se tournait.
MJF
Vous connaissez tous
« Une poule sur un mur qui picotait du pain dur... »
Ca rime, ça rythme, ça swingue un peu et surtout pour les 3, 4 ans. D'accord Apollinaire ou Baudelaire ne seraient certainement pas d'accord avec mon interprétation de la poésie mais moi je trouve ça beau ces petites comptines chantées ou murmurées à l'oreille des enfants. On imagine très bien cette petite poule sur son mur se dandinant et attrapant ce pain dur. L'image apparaît instantanément. C'est comme si on attrapait, on visualisait en gros plan le déroulé de cette scène qui peut paraître insignifiante mais qui prend vie dans les yeux des enfants au moment où les premières notes sont répétées.
MJF
Cette peur me tenaillait, m'étreignait encore. Elle était sourde puissante, je ne savais pas pourquoi elle venait.
Elle apparaissait d'un coup sans raison.
J'avais beau essayer de comprendre les raisons, les circonstances rien le vide. Mes tripes en savaient quelque chose, mon corps la reconnaissait instantanément et la suite aussi : nous, mon corps et moi la connaissions par cœur. Je me liquéfiais, me décomposais, j'avais l'impression que la terre m'engloutissait que je disparaissais.
Plus de corps, plus d'esprit, rien, plus rien. Je touchais à ce moment-là ma vulnérabilité, la plus profonde. Mais quoi faire comment faire pour affronter cette peur tenace ?
J'avais je crois tout essayer, la comprendre, la décrypter, l'écouter, la nommer, rien elle ne vacillait pas d'un pouce. Je devais donc l'affronter, l'accepter avec courage.
MJF
Elle a dit oui, oui !!! Ma sœur et moi sautons dans tous les sens, nous allons à la mer toutes seules sans nos parents. Youpi!!!
Bon il va falloir faire avec les cousines italiennes qui seront sensées nous chaperonner mais comme elles ne parlent pas français et qu'elles vont à la mer pour draguer,…. on ne devrait pas les avoir longtemps sur le dos. On les sème sur la plage en un clin d'oeil. On barbote on glousse on s'éclabousse, on crie... La plage est à nous. Enfin presque sans compter les centaines de personnes qui y squattent aussi. Le soleil plombe en ce bel après-midi d'août. Les cousines nous retrouvent, finie la liberté, nous devons rentrer.
Ma sœur a pris de belles couleurs avec sa peau de brune mais moi avec ma peau de rousse je suis rouge comme une écrevisse, et là assise dans le bus qui nous ramène au village je commence à me sentir mal, très mal...
J'ai juste le temps d'arriver chez mon oncle et je m'écroule. Terrassée par une terrible insolation, je passe le reste de mes vacances d'été à boire de l'eau citronnée enfermée dans le noir, allongée sur le marbre froid qui calme tout juste la douleur de ma carcasse en ayant l'impression de sentir le brûlé à chaque respiration.
De cette aventure italienne, sur mes épaules, de nouvelles tâches viennent compléter et décorer les quelques tâches de rousseur que j'avais initialement. Je fuis depuis le soleil en plein midi au bord de la mer et bizarrement je n'oublie jamais mon tee-shirt et ma crème solaire indice 50.
MJF
Et si un chat frêle et neurasthénique postulait pour devenir informaticien dans une boîte à cases pour remplir des cases et des objectifs ?
Il ne prendrait pas beaucoup de place puisqu'il pourrait passer en mode fax dans tous les recoins de cette boîte à cases. Ses pattes frêles pourraient taper avec frénésie sur des claviers de plusieurs types et donc dans plusieurs langues et enfin il ferait le bonheur des labos pharmaceutiques en contaminant allégrement ses collègues par sa tristesse récurrente et contagieuse.
MJF
L'hirondelle
Cela s'était passé en un éclair, la fenêtre était restée ouverte pour absorber la chaleur étouffante produite par le four. L'hirondelle vaniteuse et chapardeuse avait fait irruption dans la cuisine où les amaretti tout chauds fumaient encore bien alignés sur la table.
Elle avait réussi à en dégommer trois dans un bel élan rapide et les dégustait maintenant tranquillement sur le balcon de ma voisine. Sidérée et chavirée par cette irruption, je reprenais mes esprits en l'observant. Son plumage était soigneux, majestueux, des nuances de blanc et de noir dominaient sur cette belle enveloppe animale. A certains endroits pourtant le noir paraissait presque bleu outremer quand cette vaniteuse changeait d'angle d'attaque pour déguster son butin.
Cette chapardeuse vaniteuse prenait son temps pour avaler chaque petite bouchée. Elle se tournait délicatement pour boire un peu d'eau dans une soucoupe à proximité comme si elle avait été invitée à boire le thé chez ma voisine.
MJF
Description du personnage
Gérard bricoleur, rieur, toujours de bonne humeur avec un abdal central qui lui donne une bonhomie tranquille. Il a une passion pour sa moto rouge « s'il vous plait » une kawasaki 1000 cm3 dernier cri. Sous son apparence rieuse au quotidien, Gérard peut être un poil ronchonchon et dans ces circonstances il devient légèrement, voire très grossier. Mais ses colères ses ronchonades ne durent jamais vraiment longtemps surtout quand il déguste une bonne petite bière avec ses amis son côté soupe au lait passe très vite.
Le repas de Noël
Gégé est inquiet, ce soir il présente Solène à toute la smala pour le réveillon de Noël, et présenter sa petite amie de 31 ans à la Solange, cette vieille acariâtre qu'il respecte parce que c'est sa mère n'est pas une mince affaire.
C'est sûr Solène va s'en prendre plein les dents....
Bon pour l'instant il est sur sa nouvelle moto avec Solène que le tient par la taille et cela lui donne de la puissance, et essaie juste de profiter de ce moment....
Et puis il y a son fils, qui lui reproche encore le départ de sa mère alors que cela fait plus de 10 ans qu'il est parti pas pour Solène non, mais aussi pour une jeunette qui n'a pas duré longtemps comme s'appelait-elle ? déjà.... Sans compter que son fiston est plus vieux que sa petite amie. Oh et puis merde après tout c'est sa vie...
Freddy n'a qu'à en faire autant. Et puis Patrick son frère il redoute aussi sa réaction.
Patrick a toujours soutenu et aidé son ex-femme comme s'il ne savait pas que, depuis toutes ces années, ils se parlent toujours ces deux-là mais bon il s'en fout après tout ils font bien ce qu'ils veulent. Ils arrivent devant la maison familiale, il gare la moto prend tendrement sa Solène dans ses bras pour se donner du courage mutuellement. Elle semble un peu tremblante son artiste...
Ils sonnent, sa mère, Solange, les bigoudis encore sur la tête, leur ouvre la porte en les accueillant d'un sourire qui lui semble machiavélique et lance dans le même souffle, « tu l'as ramassée où la gisquette ? » Au collège du coin ? Solène se décompose, la soirée commence bien... - Bon man laisse nous entrer tu veux ? Il gèle dehors, arrive à formuler Gégé. Ils entrent mais l'air est encore plus glacial à l'intérieur...
Patrick est déjà attablé avec Freddy et ils sont en grande conversation. Quand le couple entre, la discussion s'arrête net. Le silence qui suit ressemble à un pic de glace tombé d'un toit un soir d'hiver.
Timidement Gégé fait les présentations. Son frère et son fils esquissent un demi sourire pour accueillir la jeune femme. Solène, elle, tente de garder son merveilleux sourire pour conserver un semblant de dignité dans cette atmosphère glauque.
La Solange réapparaît avec ces quelques rares cheveux bouclés sur la tête. Le filet et les bigoudis roses ont disparu. Elle est en grande forme la Solange ce soir. Les quolibets et les remarques insidieuses fusent à l'encontre de Solène. Gérard encaisse mais se rapetisse à chaque remarque. Il voudrait foutre le camp et emmener sa Solène loin de cette ambiance pourrie mais c'est Noël....
Le repas est long, laborieux. Le vin aidant ce qui lui sert de mère devient de plus en plus odieuse. Une vraie poissonnière. La honte l'inonde... Les minutes s'égrènent interminables. Sa mère annonce le dessert. Enfin, il ressent comme une libération. Ils attendent tous dans un silence malsain... Plus aucun bruit dans la cuisine.. Solène revient des toilettes et dit à Gérard dans un langage inhabituel « viens mon Gégé, on se casse » ouf soulagé il la suit. La Solange gît dans la cuisine un compas planté entre les deux yeux.
MJF
Les chambres de ma vie
Chambre d'enfant partagée avec ma sœur
Chambre des parents avec petit balcon et armoire à glace pour se regarder chanter des chansons
Chambre à moi dans mon nid d'aujourd'hui en toute liberté
Chambre de femme rangée où l'ennui s'installait
Chambre de mes lieux de déplacements professionnels à Paris, Tours, Rennes, Lyon où dans certains hôtels je commençais à avoir mes habitudes.
Chambre d'adolescente héritage de mes frères devenue ma chambre
Chambre de lieux de vacances où j'ai rêvé
Chambre partagée lors de stage de yoga de peinture ou de méditation
Chambre d'hôpital vite désertée
Chambre de mes enfants lieu de retrouvailles et de lecture du soir et de grandes discussions quand ils sont devenus adolescents.
Chambre sous les étoiles dans le désert Indou
Chambres majestueuses du Rājasthān
Chambre italienne lors des vacances familiales avec des lits parterre
MJF
La chambre parentale
Je crois que mon premier souvenir de cette chambre parentale spacieuse était intérieur.
J'étais installée dans un berceau ou un lit un peu trop étroit pour moi et je me cognais aux barreaux et j'ai un sentiment assez fort d'enfermement.
Ce lit d'enfant est installé entre la porte de cette chambre et à la gauche du lit parental.
A l'entrée de cette pièce tout de suite à droite une commode d'un style inconnu mais avec un beau miroir le surplombant.
Sur le mur qui suivait dans l'angle, sur la partie haute, une grande bibliothèque aménagée dans un renfoncement et contenant tous les livres que ma mère avait pu regrouper. D'une manière assez mystérieuse et surprenante, je savais qu'au niveau de la 3ème étagère, étaient rangés les papiers de naturalisation, laissez-passer qui donnaient à la famille le droit de vivre sur le sol français.
La partie basse de ce renfoncement, deux portes qui fermaient mal et où étaient rangés les draps de toute la maison.
Dans le prolongement de ce mur, le lit conjugal occupait l'espace jusqu'à l'angle suivant. Enfant, j'étais fascinée par le tableau d'une vierge Marie tenant son petit et d'un autre cadre représentant un pape, lequel je ne sais plus lequel, ayant béni le mariage de mes parents. Les deux représentations étaient accrochées au-dessus du lit.
Au pied du lit, la porte fenêtre donnant sur un petit balcon où ma mère, chaque printemps, installait et entretenait des géraniums rouges et rose. Sur le côté opposé du lit, une grande armoire à glace grinçante contenant toutes les habits de mon père et de ma mère réunis.
J'affectionnais particulièrement cette armoire pour passer des heures à grimacer et à gesticuler devant avec ma sœur comme complice.
Dans la continuité, ma mère avait aménagé un petit salon avec deux fauteuils récupérés devant une cheminée éteinte depuis longtemps et que je n'ai jamais vu fonctionner.
Il régnait dans cette chambre une atmosphère douce, le papier peint fleuri et délicat donnait une touche champêtre à ce décor.
MJF
J'entre dans la grange et il est là, au-dessus de la table, imposant. Objet décalé et tellement à sa place.
Aussitôt, je la vois, riant, cachant sa bouche derrière ses mains. L'œil est retroussé, les épaules en mouvement incontrôlable de la bonne blague qu'elle va nous dévoiler. C'est le repas de Noël
Chacun, chacune à sa place, joyeux, détendu. L'objet du fou rire qui la traverse sont les boucles d'oreilles de l'invitée assise juste en face d'elle. Je porte mon regard sur son vis-à-vis et me retiens moi aussi d'éclater de rire. Ces boucles inattendues scintillent et vibrent à chaque mouvement de sa détentrice, déclenchant le fou rire de ma mère. Avec une discrétion douteuse, elle se penche vers moi et me dit « Tu l'as vue l'autre avec ces pampilles ? » Et elle repart dans un fou rire indomptable. En effet, ces boucles scintillantes ressemblent à un lustre, un lustre en miniature mais un lustre enfin deux lustres. Un lustre comme en peut en trouver dans les châteaux. Chaque boucle se décompose en plusieurs parties indépendantes, ciselées, certaines parties plus imposantes que d'autres, ces pièces semblent être en cristal transparent tandis que d'autres portent des couleurs criardes du rouge, du vert. Ce qui aurait pu être joli et délicat est gâché par ce mélange de couleurs et de formes. Le lobe de l'oreille est distendu et fléchi sous le poids de ces décors improbables.
MJF
Objet plus rare de nos jours, il se trouvait autrefois certainement dans des châteaux. Sa stature imposante demande une pièce haute et vaste pour que cet objet puisse remplir au mieux sa fonction.
Car cet objet donne à voir, à percevoir, à éclairer un lieu de vie. Une dizaine d'ampoules agrémentent le dessin de l'objet, disposées en cercle, répartissant ainsi la lumière. Les pièces de verre, de cristal ciselé délicatement sur plusieurs faces décuplent la lumière en augmentant ainsi la puissance de l'éclairage. Ces pièces disposées de manière harmonieuse autour des ampoules se déclinent en grappes avec des formats différents. Certaines pièces sont plus imposantes que d'autres mais sont agrémentées de manière à ce que chacune réponde à l'autre dans un balai dansant au gré de l'air qui varie dans l'espace où l'objet se trouve. Une série de perles enchaînées les unes aux autres forment des embrases qui conduisent à chaque ampoule. Trois pièces empilées ensemble partent de ces embrases du plus petit au plus gros et complètent ce tableau scintillant.
MJF
Comment je suis arrivé là ?
Bonne question l'histoire est longue, très longue. Il y a très longtemps, et oui j'ai un âge canonique, j’habitais dans un vieux château froid et glacial. J'ornais la salle de bal avec mon ami Paulo ou mon jumeau comme vous voulez, c'était mon double. A l'époque, c'étaient des bougies qui permettaient la diffusion de la lumière. Les pièces qui me composaient avaient été découpées par un ciseleur dans un cristal de bohème de première qualité. De nombreux propriétaires se sont succédé, et puis un jour l'électricité est arrivée et mes belles bougies cireuses ont été remplacées par des ampoules criardes cassant ainsi le charme discret de mon éclairage. Pendant la dernière guerre, je n'ai plus rien rendu visible. Après la guerre, le château a été vendu et lors de sa réhabilitation, j'ai été séparé de mon ami Paulo. Je ne l'ai jamais revu. Rien que d'y penser cela me rend triste.
Avec l'agriculture intensive mon fermier n'a pas tenu longtemps, il a été obligé de laisser tomber son projet et j'ai fini chez son fils dans un fond de garage. Un jour, une de ses amies venue lui rendre visite a été émerveillée par mes vestiges et a demandé si cela le dérangeait qu'elle puisse m'installer dans sa grange - lieu qu'elle voulait faire revivre avec des ateliers créatifs.
Depuis j'éclaire en y mettant toute mon énergie les travaux des personnes qui viennent pour quelques heures réaliser des petites merveilles. Je suis fier et me redresse quand quelques-unes ou quelques-uns remarquent ma beauté scintillante.
MJF
On devine le mouvement de la main qui a servi ce thé. Une main ferme et assurée. Cette main a servi ce thé jusqu'à la dernière goutte. Le mouvement se répète à l'infini dans cette déclinaison de couleurs monochromes, bicolores ou tricolores. Dans la version bleu gris, la couleur en version foncée nappe tout le fond du tableau, faisant ressortir le motif floral identique de la tasse et de la théière. On pourrait imaginer que la scène se déroule le soir dans une ambiance feutrée.
Dans la déclinaison de gris, de noir et de blanc, la théière est plus nette et présente, elle s'impose en premier plan par rapport à la tasse.
Le matin accueille certainement la version claire de cette déclinaison. Les motifs de la théière apparaissent tout en finesse et on oublie presque la présence de la tasse et de son utilité seulement rappelée par les gouttes qui descendent lentement comme au ralenti dans le contenant. On devine aussi un napperon que l'on n'avait pas visualisé dans les autres versions. Il est étonnant de remarquer, enfin, dans cette proposition la table, support de ces objets.
Le dernier choix de l'artiste a été de reprendre cette proposition en bleu et en noir. Le bleu composant les éléments mobiles : la tasse, la théière et le noir pour le support et le fond. Cette manière d'envisager le sujet apporte quelques informations sur le support qui se confond en volute avec la pièce où se déroule la scène.
MJF
Le fauteuil
Il lui ressemble mais ce n'est pas lui, puisque ce n'est pas le sien. Je le sais parce que je l'ai rénové l'été dernier et qu'il est chez mon fils, les deux coussins à motifs fleuris, ambiance anglaise, ont été remplacés par un beau bleu canard profond.
Il lui ressemble donc dans sa version initiale, le bois foncé, ajouré et disposé en étoiles dans le dos du siège dévoile le motif anglais si on l'observe par derrière.
Ses quatre pieds ancrés et répartis harmonieusement donnent une force paisible à l'assise recouverte du même tissu anglais. Les deux accoudoirs attendent tranquillement les bras de son visiteur. Une foule de souvenirs me saisissent en observant la version originale de ce fauteuil. Les siestes qu'il y faisait, cette manière toute particulière qu'il avait de se redresser quand il regardait la télé en riant de surprise. La mémoire de lui de retour de l'hôpital amaigri, souriant à l'objectif.
Ces discussions interminables que nous pouvions avoir, lui trônant dans son fauteuil, moi attablée sur une chaise à proximité. Le cendrier à spirale débordant de mégots, installé à côté. Je le vois reprenant sa cigarette, la porter à ses lèvres et rire aux éclats. Merci fauteuil pour ces souvenirs surgissant.
MJF
La même situation se répète tant de fois à l'infini. Cette fois c'est Cécile qui s'assied en face de moi et commence sa litanie.
Je ne sais pas pourquoi, ça m'arrive tout le temps. Les personnes se posent en face de moi et déversent leur haine de la vie
(Et moi qui n'aspire qu'à la beauté, à la tranquillité, à la douceur, aux couleurs, au merveilleux aux histoires)
Les malheurs, la belle-mère démente, les hôpitaux, les admissions, les décisions.
(Les pinceaux, le papier, les couleurs)
La charge, l'épuisement, les problèmes, les décisions à prendre.
(rouge magenta, bleu outremer, vert émeraude)
Les enfants à garder, les urgences à 2 h du matin, retour à la maison au petit jour
(Appliquer l'eau sur le papier, faire un lavis, bleu céruleum)
La belle fille qui ne l'écoute pas, Adrien qui n'entend plus rien, le petit dernier qui n'a pas vendu sa maison.
(Commencer par appliquer le jaune de cadmium pour la lumière et amorcer les feuillages qui formeront les arbres au lointain)
Le beau frère déviant, l'oncle vieillissant, les tantes qui vieillissent aussi
(Mélanger le rouge alizarine au vert émeraude pour ajouter le pont au premier plan)
La litanie continue mais le tableau est construit dans ma tête.
MJF
