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Septembre 2025

Cher arbre

Trucs de filles 

 

J’ai mes trucs de fille depuis quelques jours.
Ou peut-être même quelques semaines, d’ailleurs.
Bref, la durée n’importe pas, le problème, c’est surtout que j’en souffre.
Il faut que je souffle. 

Jeu de mots un peu étrange, existe-t-il un rapport entre souffrir et souffler ? 

Je crois même bien que c’est lié : quand on souffre, toujours souffler.

Sinon on risquerait de se désintégrer. 

A tout moment je pourrais d’ailleurs me désintégrer si mes trucs de filles ne se concrétisent pas. Le problème, c’est que j’ai besoin de quelqu’un·e d’autre pour concrétiser.
Sauf que ce quelqu’un·e d’autre, pour le moment, je ne peux pas lae nommer.
Je n’ai personne pour m’accompagner dans cette activité.
Exit les pratiques et les normes, coûte que coûte je trouverais la personne qui m’aidera à me soulager.

ARG

Tendrement rêver 

 

Cette nuit, nouvelle insomnie.
Alors pour une fois, juste une fois pour changer, 

J’ai décidé de rêver. 

Les yeux mi-clos, le corps lâché, 

J’ai commencé par repenser à nous.
A nous, mais à nous ensemble, lié·es. 

Juste un instant, lié·es. 

Ou peut-être même pour toujours. 

Lié·es par nos étoiles dans nos neurones, 

Lié·es par nos luttes qui nous crient, 

Lié·es par les flammes les jours d’orage. 

Cette nuit, pour une fois, j’ai tendrement rêvé, 

De nos amours éparpillés.

ARG

Sous terre

Y’a quelques jours, j’étais en train de repeindre le passage piétons devant le restau, un ouvrier est mort. Vous savez, les ouvriers·es qui construisent le métro ? Et ben l’Germain, avec son casque de chantier, il a pas entendu le « ding dong » du tram. Et le tram, il a pas pu ralentir assez vite avant d’arriver à l’arrêt. Bam, le Germain. Ça a fait bam. Tout écrabouillé par le tram.
Les secours ont mis longtemps à venir. C’est con, parce que le tram il va à l’hôpital, ça aurait été sans doute plus rapide qu’on l’mette dedans. Il serait peut-être pas mort d’ailleurs. Fin bon, ça on en sait rien en fait. 

Ça m’a foutu un sacré coup quand même. Moins qu’à lui, c’est sûr, mais quand même. J’ai laissé le passage piétons à moitié repeint et je suis rentré.
Quand Rachid est rentré, on a laissé les enfants dans le salon et on s’est mis dans la cuisine pour en parler. 

J’ai pas dormi. Surtout que j’m’en voulais de pas avoir fini le passage piétons, j’avais peur qu’y’ait un autre accident. Mais si j’avais continué après l’accident, il aurait été tout tordu l’passage piétons. Bon, pas autant que l’pauvre Germain, mais j’avais sacrément la tremblote. Ça aurait fait des vagues. Vous m’direz, ça aurait pu être joli, poétique, mais je sais qu’la Gigi qui habite tout au dessus d’la boulangerie, elle a le mal de mer. Elle aurait vacillé d’son 3e étage. Donc bon. 

Hier, j’ai croisé Léa, la toute petite du 4e au d’ssus du Western Bar. Elle m’a dit que c’était gentil d’avoir fini le passage piétons le lendemain de l’accident et m’a demandé des nouvelles de Soline et Lou. Elle a pas parlé vraiment de l’accident, mais je pense que ce truc de finir le passage pétions c’était un peu une excuse pour en parler. Alors, j’en ai parlé. 

Et aujourd’hui, c’est l’enterrement. J’ai pas pu poser la journée, fallait vite que je fasse le passage piétons à côté du tram, justement. Et là le convoi est passé pile au moment où j’faisais la 2e ligne. Ça m’a fait chier. Pas cool en plein boulot d’voir le cercueil du copain passer. En plus, c’est abusé, il est mort et iels le r’font passer pile où il a été tué. Il a dû les incendier dans son cercueil, l’pauv’ Germain. Dégueulasse comme rappel avant d’finir sous terre. Vous m’direz, au moins il aura vu un peu la lumière du jour avant d’y retourner, sous terre. 

ARG

Slam atelier du 3 avril 2025

 

Clic clac a fait la claque

Flac flic en tombant la claque

Comme un pétard la claque

Comme un affront la baffe

Il s'est réveillé

Après cette claque

Une révélation

Après cette baffe

Il s'est senti patraque

mais pas autant que Françoise Dorléac

 

Elle est vivante la claque

Elle est vibrante cette claque

Sur la joue du black

Elle danse, elle brûle

sur la peau comme un pétard explosé

sur la joue du black

Chaque doigt est marqué

imprimé comme un tatouage

sur la joue du black

les marques, les traces dessinées

sont comme un affront

sur la joue du black

la surprise passée

Il reprend son souffle

et

Klam son slam le black en oubliant la claque...

MJF

Marathon des émotions 

 

C’est une porte en polystyrène. Son bruit est désagréable, d’autant plus qu’elle coulisse - mal. Des trous, irréguliers, la parsèment, formant un chemin en pointillé, une mappemonde mal ordonnée, ou bien ce que chacun·e veut bien y voir. Les trous ne laissent pas voir derrière : dissimulée sous le polystyrène se trouve une plaque d’aluminium, rouge cramoisie. Le polystyrène, lui, est nu, mais sa blancheur abîmée par l’usure. Sa poignée n’est autre qu’un clou rouillé qui dépasse. Un clou de la taille parfaite pour une paume de main qui l’empoigne délicatement, hésitante, puis le tire, incertaine.

Le polystyrène crisse. La paume vacille sous ses cris. Puis, décidée, reprend, tout doucement. Il faudra prendre le temps de la refermer sans réveiller ce qui se dessine dans sa béance. Tourner le dos de la paume au dedans, et clore cette porte minée. Enfin, faire face au dedans en s’en imprégnant, vraiment. Tiens, aujourd’hui c’est tout gris au devant. Hier c’était orange flamboyant. Quelques gouttes viennent caresser la paume. La tempête vient peut-être de passer.

En traversant le gris salé, on peut accéder à la deuxième porte, très près. Celle-ci est sablée, heureusement que la pluie est venue la compacter. Sous le sable bien épais se cache une grille, comme une grille de chantier. Mais pour la découvrir, il faudrait creuser. Les gonds imitent les grilles, en chantier eux aussi. La paume cherche, tâtonne, pour retrouver le creux de la paume passée. La voilà, la poignée. Creux léger formé par les autres déjà entré·es. Il est là, l’orange flamboyant. Il s’était à peine décalé. Ici, aujourd’hui tout y est plus vivant. On dirait une fête en suspens. Les visages sont marqués. Parfois on y décèle un cri, géant. Sur d’autres on y lit des sourires chantants. Certaines paumes se frôlent, d’autres s’empoignent franchement. Il y a même des corps qui s’enlacent un peu plus tendrement. La paume nouvelle, qui connaît pourtant déjà les lieux, se faufile entre les corps qui s’emmêlent, se répondent, se soulèvent. La paume est légère, rassurée que cet orange flamboyant ne se soit pas trop éloigné. Elle le connaît bien, ce feu. Il a quelque chose de tranquille, d’apaisant. Plus que le gris pluvieux d’avant. Elle prend donc son temps pour absorber chaque flamme, chaque cri, chaque rire, chaque chant, chaque étreinte. Mais cette paume, gardienne des lieux, vérificatrice du bon déroulement, n’a pas non plus tout son temps. Il faut passer la porte suivante. Une porte flottante. Faite de nuages rosis par l’orange flamboyant, elle est légère. Aujourd’hui, même dansante, derrière tous ces corps en mouvements arrêtés par le temps. Celle-ci s’ouvre comme un store, vers le haut. Il suffit d’agripper délicatement le nuage central puis de l’accompagner dans sa niche. Aujourd’hui, que va-t-elle nous dévoiler ? La porte est levée. 

ARG

Le pinceau 

 

Le pinceau à lavis contient ces poils de blaireau, de chèvre, ou d'écureuil pour les petits gris, par deux fils de fer emberlificotés, noués et attachés au manche de bois beige clair laqué.

Ce beau pinceau de différentes tailles a le pouvoir, et ce quelque soit cette même taille, de contenir un maximum d'eau.

Avantage pour l'aquarelliste qui maîtrise un peu sa technique, de mélanger les pigments et l'eau dans un équilibre parfait pour appliquer sur le papier, d'un geste sûr, ce qu'il avait imaginé de sa réalisation.

Inconvénient pour le peintre débutant car au lieu de déposer la couleur et l'eau de manière délicate, il se retrouve avec une tache en forme de chou fleur.

Et à ce stade de son apprentissage, le barbouilleur ne sait pas utiliser cette erreur pour en faire une autre version de sa composition.

De manière surprenante, même dans son plus gros format, ce pinceau peut tracer de belles lignes fines et légères quand il a été essuyé et incliné d'une certaine façon.

MJF

Mais elle est où cette liste ?

Putain iels me font chier avec leurs mômes. ça nous fait manger à l’heure des vieux ces machins-choses. Même pas l’temps de fumer une clope en sortant du boulot vu que j’ai oublié de faire les courses hier. En plus j’me tape les transports blindés de jeunes cons qui gueulent. D’ailleurs je crois que j’ai reconnu une ou deux têtes, ça doit être des élèves. Mais oui ! C’est… comment il s’appelle déjà ? J’ai oublié… Bref, machin chose qui en branle pas une en cours et voudrait avoir un bon métier. Il va finir comme moi ce con. 

Mais c’est pas possible, ça prend 2h un bus ! Pourquoi j’ai pas été récupéré la bagnole au garage avant ? En plus ça pue le phacochère. Quelle idée de mettre autant de chauffage dans un bus alors que tout l’monde est en manteau-bonnet-gants-cols roulés- machin chose ? 

Allez, maintenant, vite au monop. 

Oh mais c’est pas possible… elle est où cette liste ? 

Bon, ben paumée. Super. 

Elle avait dit quoi déjà Sarah ? Ah oui, du champagne, ça, j’ai pas de doutes. Par contre la bouffe… J’vais pas les appeler pour demander, y’a encore leurs machins choses qui vont hurler derrière. J’vais déjà me les taper toute la soirée, pas la peine de presser l’truc. D’ailleurs, ça boit pas d’champagne à cet âge-là ? Ils ont quel âge d’ailleurs ? Bof, on s’en fout. De l’eau pétillante ça f’ra l’affaire. 

Bon. La bouffe. Ah ! Leurs burgers maison là, ces machins choses de « on mange gras mais pas trop parce que c’est nous qu’on a fait ». Mmmh… Allez, du ketchup c’est une base quand même. Ah, mais oui ! J’me souviens du ketchup ! J’avais fait tomber la liste dans la salle des profs et ma collègue de français s’était bien foutu de ma gueule soit-disant que j’avais fais une faute. Ça dérange qui ? Personne, même pas moi. Bon, j’ai quand même corrigé pour que machin chose ferme sa gueule. Bref… Le ketchup, et quoi d’autre ? Oh, ça suffira, au pire si y’a pas assez on trempera les doigts de leurs machins choses dans ketchup pour qu’iels aient du goût.

ARG

Les portes

 

Description de la porte

 

Le long d'une ruelle de mon enfance au milieu d'un très long mur de pierre, une porte.

Cette porte ne s'ouvre certainement plus depuis longtemps, les gongs sont rouillés, le lierre qui décore le dessus de la porte ne semble pas avoir été déplacé depuis des décennies.

Des herbes folles ont envahit le bas de cette entrée, vives fières confirmation vivante que nul humain n'a foulé cet endroit depuis longtemps.

Le bois du battant est gris avec de longues traces de rouille.

Aucun coup de pinceau ne semble avoir daigné se poser dessus depuis la première fois ou je l'ai vue.

 

La suite, découvrir ce qui se cache derrière la porte.

 

Je cherchais une maison dans mon village natal depuis longtemps et quand l'agent immobilier m'avaitdonné rendez-vous devant l'adresse de cette porte, je n'en revenais pas.

J'allais enfin découvrir le monde que cachait cette porte.

L'agent immobilier semblait gêné devant l'entrée. Il tenait une énorme clé rouillée comme on en fait plus,en se demandant bien comment il allait pouvoir actionner la clé dans la serrure.

Après de longues minutes on entendit enfin un clic sonore. Il s'activa à pousser le morceau de bois qui avec la poussée semblait vouloir voler en éclat.

Les gongs grincèrent fortement, on aurait dit un chant de corbeaux tonitruant, et l'ouverture se fit enfin. Le spectacle nous laissa sans voix.

La végétation entouré d'arbres immenses recouvrait tous le terrain.

Des fleurs de toutes les couleurs ce parterre. On devinait à peine la maison de pierre derrière ce rideau de verdure.

Ce jardin était grand. Beaucoup plus que je me l'imaginais. Nous trouvions enfin l'entrée de la demeure.

Elle était étrange pour cette ancienne maison bourgeoise. D'une largeur inhabituelle ou trois personnes auraient pu entrer de front, seul le dessus arrondi aurait pu gêner cette entrée groupée.

A bien y réfléchir cette porte ressemblait à celle d'une maison de hobbit.

Il fallait donc se baisser pour investir le rez de chaussée.

 

Le temps suspendu

 

Tous les deux à quatre pattes dans cet espace nous allions nous relever quand nous avons senti un souffle puissant nous renverser.

Sans rien comprendre à ce qui venait de se passer dans ce laps de temps suspendu nous nous sommes retrouvé habillé de pied en cap en costume du moyen âge. Lui en collant rose et veste jaune brillante et scintillante et moi attifée d'une longue robe verte et fuchsia dans laquelle j'étais complètement engoncée.

Le temps de nous scruter quelques minutes, complètement, ébahis, nous nous dirigeames vers la seule porte visible et qui n'était pas celle par laquelle nous venions d'entrer.

MJF

Les arbres de ma vie

            Si je fais remonter mes plus anciens souvenirs d’enfance, l’arbre qui me vient en premier, c’est le cheval que j’ai eu à mes 4 ans. A l’entrée du jardin de ma maison d’enfance, tout de suite sur la gauche derrière le portail, un arbre avec une branche très près du sol nous servait de cheval, à ma soeur et moi. 

               La seconde image qui me vient, est celle de l’immense et énorme arbre de la fontaine aux fées. Le chemin pour s’y rendre me paraissait infini avec mes petites jambes d’enfant. Mais au bout était la récompense. Plus tard, j’y suis retournée - beaucoup pendant le confinement, je crois, ou l’adolescence, je ne sais plus bien. Ou si, je me souviens ! C’était mon but premier quand j’ai commencé mes footings pour perdre du poids. Le but premier qui s’est vite éloigné : dans la course aux TCA, ces petits pas d’enfant sont devenus de trop courtes enjambées. Tout comme cet arbre immense dans mes petits yeux devenu ridicule une fois mes yeux grandis. 

           Mais je crois que l’arbre qui me vient le plus à l’esprit, finalement, c’est ma mère. Ma mère et tous les arbres qu’elle enlaçait. On se moquait bien d’elle, mon père, ma soeur et moi. En balade, elle nous parlait de toutes les belles choses qui nous entouraient, et d’un coup, plus rien. Silence. Suivi de nos rires enfantins d’être encore surprises de voir notre mère encore enlacée à un nouvel arbre. Aujourd’hui, on en rit toujours. Plus pour la taquiner, car elle marche toujours et part tout de suite dans son discours que l’on connaît par coeur maintenant : chaque arbre à son énergie. 

                   Mais aujourd’hui, surtout, quand je pense aux arbres avec mes yeux de grande, je pense à toutes les araignées qui les habitent et freinent nos relations. 

ARG

Le musée imaginaire

 

En famille dans les rues de saint Paul de Vence. Un village tout en ruelles escarpées, étroites comme je les aime.

On ne sait pas ce que l'on va découvrir au prochain coin de rue.

C'est un village d'artistes, de galeries, un poil bobo mais tellement beau pour admirer ce que les peintres ont réalisé.

Les enfants : quand est-ce que l'on rentre ? Quand est-ce que l'on mange ? Et moi, encore quelques

minutes, encore une ou deux galeries d'accord ?

Et là dans cette galerie d'angle, j'entre, un tableau sombre me fait face. Il m'engloutit immédiatement Je ne peux vous décrire ce que représentait ce tableau, certainement un personnage, je ne me rappelle plus. Ce tableau peint à l'huile se déclinait dans les tons marron foncé. Je dis bien foncé et pourtant ce tableau était lumineux. Comment est-ce possible ? Je n'en ai aucune idée.

La lumière contrastait avec les ombres, les ombres se mêlaient à la lumière. Tout était harmonieux,

équilibré, placé. Rien de joyeux dans ce tableau mais l'équilibre créait une beauté et c'était bon de le

contempler.

Je ne pouvais plus détourner les yeux, je n'arrivais plus à m'en détacher, j'étais comme hypnotisée.

 

Les enfants m'ont ramenée à la réalité. Nous sommes repartis dans les ruelles. Je garde encore en moi les traces de cette œuvre d'un artiste certainement inconnu.

Je mélange aujourd'hui les couleurs sur ma palette, les couleurs sur le papier et je tente de créer cette harmonie et ce contraste délicat.

MJF

Klam du 10 septembre 2025

 

Nos pères

Deux maisons face à face.

Deux adultes assis sur leurs trottoirs respectifs.

Deux pères face à face.

L'un lisant, l'autre regardant au loin, très loin.

Ils se sont salués. Ils se respectent depuis longtemps sans que l'un comme l'autre ne comprenne le monde de l'autre.

 

Celui lisant dévore, au fil des dimanches, des romans des bibliographies, des policiers, des essais

politiques, géographiques, historiques.

Il engrange les connaissances. Il analyse, il compare.

C'est un puits de science, tout l'intéresse.

Il parle passionnément de ses découvertes, à son épouse, à ses enfants.

Il n'en fera peut-être rien de ce savoir, mais ces lectures lui permettent d'assouvir sa soif de connaissances, de découverte du monde, lui qui n'a pratiquement pas voyagé.

 

L'autre père assis sur le pas de sa porte pense avec nostalgie à son pays.

Son pays sans brouillard, sans pluie, aride, ensoleillé, poussiéreux.

Il revoit sa mère aller chercher de l'eau à la fontaine de la place du village.

Il revoit ses parents, ses frères assis sur le pas de la porte à la tombée de la nuit quand le soleil disparaît enfin et laisse l'air devenir respirable.

Il les revoit riant, discutant, s'interpellant fort dans les rues de son village.

Tous ces moments passés avec eux, il les revit souvent avec une larme au coin des yeux ou bien un sourire au bord des lèvres, là sur ce trottoir face à son voisin lecteur.

 

Cette scène de ces deux pères assis sur leur pas-de-porte, c'est l'interprétation de cette petite fille qui les observe. C'est ce qu'elle imagine de ces deux figures adultes désormais parties et qui restent dans son cœur les gardiens de son enfance.

 

Marie-Jeanne Septembre 2025

France Travail 

 


Madame, monsieur, 

                 Suite à votre annonce trouvée dans la salle d’attente de mon dentiste, je me permets de vous écrire pour souligner la mal-aisance d’une telle annonce dans un tel lieu. 

           Tout d’abord, les termes qui la débutent ne semblent être qu’une blague de mauvais goût : « faites faire un bond en avant… » de quoi traumatiser les enfants ne l’ayant pas encore été. La fin de la phrase ayant été écrite sur le corps d’un jaguar est tout à fait un manque de goût du, ou de la, graphiste : ce n’est ni compréhensible, ni vraiment esthétique. 

           Ensuite, vous évoquez rechercher « 1 technicien SAV H/F », avec précisé en dessous « Débutant ou 1ère expérience ». J’ai plusieurs choses à vous exprimer face à votre recherche. La typo y est (là encore, par ailleurs), totalement différente du reste et ajoute au chaos visuel de votre annonce. Vous précisez également « H/F », mais les termes « techniciens » et « débutant » montre bien que le « F » n’a été placé là que pour tenter d’harmoniser votre mise en page. Aussi, je ne suis pas dupe : rechercher un débutant ou une première expérience signifie « servir le café » et servir, aussi, d’esclave. 

              Enfin, sur ce qu’il reste de votre annonce, les seules choses lisibles sont presque uniquement « Votre mission » et « Votre profil ». Soit vous vous êtes trompés de salle d’attente, soit c’est une technique que je trouve plutôt tordue pour nous faire passer de celle du dentiste à celle de l’ophtalmo. 

              Les mots « France » ainsi que votre numéro de téléphone et de fax étant écrits en gras, voilà la raison pour laquelle j’ai réussi à vous faire parvenir ce fax. 

           En espérant de tout coeur ne pas être engagée dans votre entreprise de laquelle je ne connais finalement pas grand chose.

ARG

Écritures liées 

 

Elle m’a dit « il faut qu’on en parle avec une personne extérieure. Un·e psy. C’est pas normal c’qui s’est passé, on peut pas continuer comme ça. » 

J’ai compris qu’elle me quitterait pas. 


Elle passait son temps à me dire combien elle m’aimait. 

Il a suffi de lui faire peur pour me rendre compte à quel point c’était une merde. Une main autour de son cou, deux-trois coups, et elle se rapetissait. Un jour, je l’ai même laissée au bord de la route en pleine nuit, en pleine campagne, tellement elle m’avait cassé les couilles. Là encore, ça allait, elle se laissait traiter de pute, de salope, sans rien dire. Elle passait son temps à chialer et à vomir. 

Cette conne. 

Elle pensait que je l’aimais pas. C’est faux. C’est juste que dans ces moments-là elle jouait avec mes nerfs. Mais c’est justement parce que je l’aimais que ça me faisait vriller comme ça. 

Le jour où elle m’a pas laissé le choix, avec sa connerie de psy, j’ai su que c’était fini. 

J’suis parti en vacances avec des amies, en essayant de pas penser à nous. Elle voulait qu’on essaie de continuer. 

J’ai essayé. 

Mais elle m’a pourri mes vacances. Elle prenait de mes nouvelles, enchaînait les « je t’aime ». 

Je voulais juste souffler, 

qu’elle me foute la paix. 

Une chance que je l’ai pas eue en face de moi à ce moment-là. Ça m’a rendu dingue, elle était si pathétique. 

Elle était devenue pathétique et chiante. 

Elle avait même perdu son humour. 

Et puis comment ça « c’est pas normal c’qui s’est passé » ? Comme ça « on peut pas continuer comme ça » ?

ARG

Ecriture automatique dimanche matin, à l’ombre

(Affabulatoire / juillet 2025)

 

Alors.

Que dire.

Laisser aller sa tête. Ecouter les bourdons. La tourterelle.

Les feuilles vertes. Le crocodile va mourir.

 

Il va mourir.

 

Ma sœur, sur son lit de douleur.

Ça y est, j’ai vu. Je comprends : le lit de douleur.

Les draps.

Le matelas.

Le coussin.

Le sommier et le souvenir.

Et chaque latte.

 

Les oiseaux. Leurs chants. Leurs petits pas.

Les corps mourants.

 

Et maman.

Et le mélange des temps. Des aires. Des corps.

Décors : hôpital. Peau nue sous un drap lavé sans adoucissant.

 

Qu’est-ce qu’on fait de ça ?

On le traverse et puis quoi ?

C’est pas toi qui souffres.

C’est pas toi que la douleur tord.

 

Plier. Tordre.

Tendre. Tendre corps.

Comme on essorerait une éponge.

La douleur est ailleurs.

Les alvéoles se vident

de leur vie

mais pas de la douleur

La douleur, c’est l’alvéole.

 

Est-ce que ça raconte que notre humanité pourrie ?

Après la salade de fruit,

les épluchures dans le compost

ça grouille et ça moisit.

 

Automatiquement, on attache un coussin au bord du bateau

sur le pont

Et la planche supplicière,

c’est elle qui tremble.

Vibrante au-dessus de l’eau.

 

Petit à petit les gens disparaissent.

Sont-ils tristes d’avoir disparu ?

Moi, je ne calcule qu’une chose :

ils me manquent.

Ils creusent un trou quelque part dans moi.

Mon thorax. Mon coeur. Mon buste.

Pelletée. L’une après l’autre.

 

C’est la première qui fait mal.

Qui déséquilibre.

 

J’ai l’impression que quand maman est morte

on m’a arraché quelque chose de vital.

Mais aussi qu’on a étayé quelque chose.

On a malaxé un petit colombin et on a renforcé quelque chose.

Contre fort.

 

J’ai le droit de lui ressembler

et

d’être complètement moi.

Adélaïde Gacon

Cher petit trou du cul, Cher directeur,

 

Débarqué de nulle part avec un cv bidonné, tu as cru pouvoir assurer ton petit pouvoir en rabaissant les gens. Personne n'a été dupe, mais tout le monde s'est écrasé, même moi, et je n'en suis pas fière.

Jusqu'à l'humiliation de trop, quand dans ton bureau, tu m'as crié dessus comme tu dois engueuler tes gosses quand ils ne rentrent pas dans ton moule. Quand tu m'as dit « Vous me DEVEZ le respect », tout gonflé de ta pauvre petite et minable importance.

Je t'ai répondu « Non, je ne vous dois rien, le respect ça ne se DOIT pas, ça se mérite, et non, vous n'avez rien fait qui mérite mon respect. » Ca t'a scotché, et tu m'as fichue dehors de ton bureau.

Et les collègues trouillards, arrivés après la bataille qui m'ont dit après : « Et bien toi, tu l'as mérité notre respect ».

Mais je ne t'en ai pas dit assez, c'est bien autre chose que j'aurais dû laisser sortir : que tu n'es qu'un pauvre type, que tu méprises toutes les femmes, et surtout la tienne à qui tu as collé 4 gosses dont tu ne t'occupes pas, que tu caches ton incompétence derrière des réunions inutiles et des process absurdes, que tu es incapable de prendre les bonnes décisions et que tu rejettes toujours tes fautes sur les autres.

J'en passe, et des meilleures. Et aussi, que tu ne vaux rien professionnellement et personnellement.

J'espère qu'un jour, tout ça te retombera sur la gueule et que quelqu'une te fera payer et te laissera exsangue sur le bord du chemin.

Et ça, c'est encore le meilleur de ce que je pourrais te souhaiter.

Mais ma victoire, finalement, ça ne sera pas de te pardonner, tu n'en vaux pas la peine, ce sera de t'effacer de ma mémoire, parce qu'en fait, tu n'es rien de plus qu'un pauvre trait de craie qui partira à l'eau.

Evelyne Le Coz

Atelier septembre 2024

 

J'aime me souvenir de ce moment unique de l'année, au printemps, où nous retournions au jardin.

Un ou deux kilomètres à parcourir depuis la maison pour le retrouver, les retrouver, mes amis les arbres.

Remonter dans le centre du village, passer devant la mare, continuer tout droit devant les maisons

bourgeoises et enfin le chemin à droite après le bois des pères.

Le muret à droite, pas encore couvert de mûres. A gauche le jardin de mon amie Cécile et puis encore quelques mètres et enfin je les retrouvais, mes arbres.

Tout d'abord, bordant l'entrée du jardin les cerisiers à peine en fleurs, magnifiques. Certains frêles,

d'autres plus imposants nous apporteraient dans quelques mois notre lot de joues barbouillées.

Mais mon préféré c'était le pommier, celui qui me servait de refuge, de cachette, de balançoire ; il se trouvait au fond du jardin après les deux bandes de terrain réservées à la culture. Il trônait là près de la bande de droite imposant, majestueux, son feuillage reluisant, certaines branches noircies par les années. Son écorce était très rugueuse mais il était bien planté dans la terre, avec de belles racines, comme celles qui me manquaient.

Je l'approchais, intimidée de le retrouver comme si après ces longs mois passés loin de lui nous avions besoin lui et moi d'un peu de temps pour se reconnaître, s'apprivoiser à nouveau.

Je le regardais et j'avais l'impression qu'il m'observait, qu'il commentait mes changements physiques, « tu as grandi » semblait-il me dire...

Je savais que nous allions passer l'été ensemble et cela me réjouissait.

MJF

Lettre à mon arbre

Cher pommier,

Que te dire après cette si longue absence.

Que je pense souvent à toi

Que tu me manques souvent

Que le bruissement de tes feuilles me revient quand j'entends les arbres de mon jardin chanter.

Que j'imagine encore ton image imposante

Que je t'évoque

Que je te peins souvent

Que j'aime peindre les arbres en pensant à toi

Que j'aime détailler les branches

Que j'aime exercer mon pinceau dans le dessin précis de tes feuilles

Mais je crois que ce qui me plaît le plus, c'est de dessiner encore et encore ton tronc rugueux, amener de l'ombre et de la lumière, pour qu'enfin tu reprennes vie sous mon stylo.

MJF

Lutter 

 

Celleux qui luttent oublient le jour, car les luttes n’en ont pas 

Celleux qui luttent chantent les cris / les mots

Celleux qui luttent ont plein d’amour, qu’elle s’éparpillent tout autour 

Celleux qui luttent disent la colère, la crient même parfois 

Celleux qui luttent ont des étoiles pleins les neurones, qui s’extériorisent en flammes les jours d’orage

Celleux qui luttent aiment celui qui se tait ou disparaît

ARG

Gagner divinement 

 

Le soir est arrivé sous la véranda bleue

Mais le soleil ne s’est pas encore couché.
Quelques minutes de jours divinement gagnées, 

Serait-ce le début de l’été ?

ARG

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