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Octobre2025

Cher arbre

Cadavre exquis

 

Ils parlent, crient, chantent avec passion

Que se racontent les objets de la maison ?

Ils se réveillent quand tout le monde est endormi

Ils adorent ce moment, se sentent libres au creux de la nuit

Ils imaginent que tout est possible et défient la raison

Ils laissent libre cours à leur folie douce

Volent et virevoltent avec elle-même jusqu’à la Grande Ourse

Avant de s’en retourner bien gentiment à la maison

Bien au chaud, poncho chocolat chaud

Une bd, un fauteuil et hop ! contre le réchaud…

Une fois bien installé.e.s, on retrouve la raison

Posé.e.s dans le canapé à réfléchir à la vie

Lové.e.s sous un plaid à regarder tomber la pluie

Bien préparé.e.s pour le changement de saison

Attention Escarre ..Go !

 

Lamenacegrave, c’est ma lenteur et ma bave qui me ralentissent.

D’ailleurs, Hugo, mon pote, le sait, il m’attend, il m’entend m’essouffler, le crabillon sans ratures, il aime écrire.

Moi je ne rature jamais, j’aime trop la perfection, je glisse dessus, j’efface. Mais je crains toujours de déraper vous voyez ce que je veux dire et de me casser la gueule, enfin la coquille.

Et le parcours est long et fastidieux, et j’ai peur de la giflegivre, et de la pluie alors je me renferme. Je zigzague mais ça me gave grave, et je veux arriver à l’heure avant que le prédateur « le beurre persillé » ne m’engloutisse.

Et que la mare d’à côté ne me transforme en nouille molle sur toute ma longueur car moi, je me sens que mou à moitié en fait.

Je peux aussi rouler en boule si je veux et quand je veux sur le gazon qui a l’âge du pharaon dans ce jardin versaillais : c’est-à-dire flétri qui pourrait me faire perdre ma trajectoire.

Je veux attraper ma proie avant ce soir c’est mieux, qui ne doit pas être bien loin, juste pas prête à être dévorée toute crue : une belle feuille dechêneenchainetamère, croustillante àsouhait, bien fraîche, bien verte, grande comme la main du bonheur et que souhaiter de plus en ce monde, là, toute suite ?

 

Annie GRAULE

JE DIS VAGUE

 

Je dis vague, et je dis lame, et vous dîtes, vague à l’âme, alors que non.

 

Je reprends : je dis vague, je dis l’âme, et je fais l’âne et vous dites han.

 

D’accord ? Je recommence.

 

Je dis vague, je dis lame, et l’âne braie : « vague à l’âme ». Malaise vagal.

 

On passe.

Et vous dîtes ah la la l’âne !

 

Je dis vent, et je dis d’autant. Et vous dîtes vent d’autan. Alors que non.

Encore ?

Je dis vent, je dis d’autant et je vends du vent. Et vous dites : votant.

 

On passe.

Et vous dîtes, ah la la l’âne.

 

Je dis style et je dis : « vis » et vous dites eau de vie. Pourtant, non ?

Pourquoi pas ! Admettons.

Reprenons. Je distille.

En un mot, c’est l’eau de vie. En deux, c’est le style, oh le style.

 

On passe ?

A vous :

Le style oh ! Je dis les cris.

Vous dîtes, hauts les cris !

Et je dis non.

 

Je dis le style, je dis l’eau, je dis la vague, et l’âme, le vent, et le style O

L'O tout rond de la lettre. Vous dîtes : et de l’être.

 

Encore ! N’en finirons-nous pas un jour de ces fils en aiguille ?

Je dis non.

 

Reprenons. Je dis le style O et vous dîtes ... ?

Le style i. Oui ! Et le style u.

 

Non. Impossible. Il n’y pas de style U. L’U est brut et sans style.

Mais le style A ? Ah le style é. Et vous dîtes scalpel ?

Non. S’il vous plait si. Dites le stylet, le scalpel et le sel,

Celui des larmes et de l’âme.

 

Alors je dis vague et je dis sel.

Et je le dis sec.

Claire 

Comptine 

 

Le dragon était un peu bougon

Depuis des jours il essayait à pleins poumons

De sortir une chanson

Qui rime avec bonbon

Pour sa plus grande satisfaction

 

Il préfère se jeter dans le bain

Quitte à rater le prochain train

Il sait qu’il faut passer à l’action

Tout de suite, très vite

Encore plus vite, 

Pour décoller l’avion

 

Les jouets tous ensemble, et même le camion

Ont tous joué le jeu et ont aidé l’avion

Des jouets qui jouent ça déjoue ça dénoue tous les codes !

Texte collectif 

CÂLIN MOUILLÉ

 

Été 2019

Strasbourg jour grise de pluie

Sur mon super bolide Decathlon

Taille ado bleu sale

Je suis une pilote de l'extrême

De l'extrême frayeur

Je porte même pas de casque

C'est pour les nazes

Mes freins ne marchent pas très bien

Assistés par les semelles des vieilles docs Usées puantes préférées

Je suis pilote mais

Je suis surtout froussarde

Je prends pas de risque

Je suis pas très punk

J'aime pas le risque

Alors même sur mon bolide

Je traverse au passage piéton

Au passage piéton

Même si c'est pas ma place

Je vaux mieux que ça

J'ai des roues

J'ai deux roues différentes et en fin de vie

Je suis pas agiste

Tant que ça roule

 

Jusque-là tout va bien

 

Strasbourg - grise c'est visqueux

Ça glisse

Mais moi j'aime pas le risque

Je ralentis avec mes freins-semelles

Et puis c'est vert

Parait que le vert c'est rassurant

Paraît qu'au vert on est en sécurité

Et qu'on a un bon transit intestinal

Je suis pas très punk

Je prends pas de risque

Je traverse au vert

 

Jusque-là tout va bien

 

C'est sans compter le mammouth gris

Il avance tout doucement

Tout doucement sur ces gros pneus

À mon avis ce mammouth a peur de la pluie

Ou alors son cavalier a eu un trou de mémoire

Il savait plus trop s'il fallait s'arrêter ou pas

Au passage piéton

Malgré le gros rond rouge en face de ses gros yeux vitreux

 

Mais bon jusque-là tout va bien

 

Moi je suis sûre que ce cavalier-là

Quand il révisait son code c'était l'heure de la pause zaza

Le livret de code dans une main

Le joint dans l'autre

Moi je sais moi

Qu'il a fait un trou de boulette

Pile à l'endroit où c'était écrit qu'il faut s'arrêter au passage piéton

 

Il pouvait pas savoir

C'est sûrement pas sa faute

Il était peut-être pas très bien réveillé

En tout cas il a oublié de dire à son gros mammouth que ralentir ça suffit pas

Parfois dans la vie faut stopper

Et prendre du recul

 

Mais jusque-là tout va bien

 

Parce que même s’il a avancé

Encore un peu

Encore un peu

Encore un peu

Jusqu'à ce que toustes deux étonné.es

On voit la grosse patte avant du gros mammouth

Écrabouiller délicatement la roue avant de mon miskine bolide d'amour

 

Mais jusque-là tout va bien

 

C'est même assez charmant comme moment

C'est comme une étreinte

Ou un croque-monsieur

Une couche d'Orlane

Une couche de Decathlon

Une couche de Jeep

À mon avis ça croustille sous la dent

Et ça doit bien hydrater avec toute cette pluie

 

J'imagine que jusque-là tout va bien

 

J'entends le cavalier vitreux descendre de sa monture

J'aimerais bien le regarder faire mais jpeux pas

Jsuis busy avec mon bolide et mon mammouth

En pleine démonstration d'affection

Jvois son reflet dans la flaque

Il a l'air grand m'sieur cavalier

Yeux au sol avant qu'il ne disparaisse

J'ai vu ses souliers

Des

Mocassins

Bleus

C'est un bourgeois

 

Rien ne va plus 

 

Orlaage

 

 

Qu’est ce qui chasse les cauchemars

Mieux que la petite histoire du soir ?

 

Qu’est ce qui emporte les enfants sages

Loin très loin des nuages

A la condition de le vouloir

 

Ce n’est pas facile de trouver sa place

Quand chaque hutte nous fait l’effet d’un palace

Et se dire quand on a rien, il nous reste l’espoir

 

L’espoir de meilleurs lendemains et de beaux matins

L’espoir de se coucher plus serein et le ventre plein

L’espoir de ne plus broyer du noir

 

Et enfin s’amuser et s’éclater

Comme une vague émerveillée

S’endormir tranquille comme un loir

 

 

Holà Dieu, je voulais profiter de klam pour m’adresser directement à toi,

J’espère que tu es bien branché sur le canal 71 de la rue Jean-Jacques,

Radio Saint Nicolas, la radio des amoureux des mots et de l’éloquence…

Seigneur, loin de moi l’idée de critiquer tes desseins, ou de te demander des explications

Car je sais bien que tes voies sont impénétrables mais quand même…

Ces derniers temps tu m’as perdue…

Au début je me suis demandée si c’est parce que je suis athée,

Mais je n’en crois rien, tu ne serais pas aussi mesquin

D’autant que je suis athée mais je fais quand même brûler quelques cierges,

Je sais que c’est pas top pour le réchauffement climatique mais on ne sait jamais…

Mais je digresse… Revenons à nos brebis.

Quand tu as fait élire Trump, je me suis demandée ce que tu fabriquais

Mais bon, je me suis dit que tu devais trouver le temps long, que tu avais besoin d’un type disruptif pour animer un peu l’Olympe ou l’endroit où tu crèches

Quand Poutine a envahi l’Ukraine, je me suis dit que tu en avais vu d’autres côté guerres, que tu étais peut être un peu blasé… ou alors que le KGB savait des trucs sur toi que t’avais pas forcément envie de confesser

Quand dès le mois début du mois d’octobre j’ai su qu’il y avait déjà eu 117 féminicides rien qu’en France, j’ai tenu compte du fait que t’es un mec de quelques milliards d’années, que c’est peut-être un problème de génération…

Quand tu as laissé Macron nommer son quatrième premier ministre en 2 ans, j’ai relativisé, c’est pas à l’échelle et puis honnêtement t’as certainement envie de te marrer un peu ; si t’avais pas les français, avoue que tu t’emmerderais…

Mais par contre quand j’ai découvert que le dernier truc à la mode c’était les tétines pour adultes et quand j’ai entendu un mec sur France info dire qu’on ne risquait pas de les avaler car tout a été redimensionné, alors oui, c’est à ce moment précis que tu m’as perdue…

On franchit un cap là, ressaisis-toi nom de Dieu !

Christine Barbon 

Portrait chinois

 

Si j’étais une heure dans la journée,

Je serais celle juste après le repas,

L’heure de la sieste,

Un retour au calme,

Une pause au milieu du tumulte de la journée.

 

Si j’étais une frontière,

Je ne serais pas.

 

Si j’étais une émotion,

Je serais la joie,

Pour le plaisir de voir les gens sourire,

Pour les étincelles dans leurs yeux,

Pour les papillons au creux de leurs ventres.

 

Si j’étais un plat,

Je serais le gratin de riz de ma grand-mère un soir d’hiver,

Un plat doux et réconfortant comme elle.

Marine Sydney-Renaud 

Paires d’opposition

le cri peut servir à plusieurs choses :

  • interpeller quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis longtemps

  • prévenir un inconnu d’un danger imminent le menaçant

  • expliciter notre agacement à la personne avec laquelle on est en train de se disputer

  • appeler ses enfants à table pour la énième fois

  • relâcher les tensions au milieu des bois ou la tête enfouie dans un coussin

 

le chuchotement, quant à lui, sera plutôt utiliser pour :

  • raconter un secret à son meilleur ami

  • informer son collègue qu’un bout de salade est resté coincé entre ses dents depuis le déjeuner

  • partager une blague à son voisin de messe

  • dire des mots doux à sa moitié

  • raconter la fin de l’histoire à son enfant déjà endormi

Marine Sydney-Renaud

Duo : PEUR / COURAGE

Du plus loin qu’il se souvienne, il a toujours eu peur. Pas juste un peu peur, non. Peur de tout. Un vrai trouillard. Peur du noir, peur des vieux, peur de l’école, peur des ballons, peur des voitures, peur des profs, peur du bruit, peur de la cantine, peur des filles, peur de son père, peur de la peur de sa mère, peur des garçons, peur des médecins, peur des brocolis, peur des notes, peur du soleil, peur des vagues, peur de la neige, peur du silence, peur de la mort, peur de la vie… à vouloir en mourir… mais il avait trop peur…

 

Alors, il est resté. Il a continué à vivre et, avec l’aide des médecins dont il a commencé à avoir moins peur, d’amis qui ont persévéré, malgré sa mère qui a toujours peur, certaines de ses peurs – pas toutes – se sont faites plus petites petit à petit. Il a trouvé des endroits et des personnes refuges et il a découvert qu’il avait quelque chose au fond de lui dont il ne devait pas avoir peur : du courage. Parce qu’il en faut pour traverser la vie quand on a peur de tout, bien plus que lorsqu’on a peur de rien.

Marine Sydney-Renaud

Personnification – La déception

quand on la voit de loin

on pourrait la prendre pour quelqu’un d’autre

elle donne l’impression d’être

grande

belle

lumineuse

enjouée

bien habillée

et bien coiffée

un véritable enchantement

mais en se rapprochant

petit à petit

on se rend compte de notre erreur

elle tombe de son tabouret et n’est plus si grande

son regard est plein de chagrin et de désillusion

son éclat n’était qu’un médaillon brisé lors de sa chute

sa contrariété est un véritable crève-cœur

elle a un arrière-goût d’échec quand elle se regarde dans un miroir

son reflet ne dégage que de l’ennui

on dirait qu’elle n’est allée que de déboires en déconvenues tout au long de sa vie

Marine Sydney-Renaud

Raconter un souvenir à hauteur d’enfant

Trop bien, ce soir, Papa et Maman sont de sortie chez des vieux copains. Ce qui veut dire qu’on sera seules avec Papi et Mamie !

Les soirées sans les parents chez les grands-parents, ce sont tellement les meilleures ! On va pouvoir regarder la télé tard et manger du chocolat, c’est trop bien et ce sera un SE-CRET !

Ça se passe toujours de la même manière, Maman donne ses dernières consignes à Mamie, sa maman, pendant qu’on boit notre soupe – « et qu’elles ne se couchent pas trop tard, hein ? » - Papa et Maman nous embrassent et s’en vont.

Alors, déjà, pas de brossage des dents tout de suite. Ce sera pendant la pub après la météo, comme ça, on peut aller chercher des barres Kinder dans le frigo et les manger devant Santa Barbara.

Pyjamas enfilés et dents brossées, on s’installe tous les quatre confortablement sous les plaids pour regarder le téléfilm et surtout, on guette les bruits de voiture pour ne pas louper le retour des parents.

Quand on entend les portières, un bisou à Papi, un bisou à Mamie et vite, au lit !

Maman passe la tête par la porte pour vérifier si on dort bien, attention à ne pas pouffer de rire, trop contentes d’avoir bravé l’interdit et veillé presque comme des grandes.

Marine Sydney-Renaud

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