Mai 2026
LE CROCODILE AU DESSUS DE
LA CAUSERIE DU MONDE
Il y a des jours où je me demande ce que je fais là
Perché, loin de mon milieu naturel
Au-dessus de ces humains qui causent qui causent qui boivent du thé
Moi qui n’aime que me traîner au sol, au ras des pivoines ou au fil de l’eau
Niveau zéro, je rase motte, je suis le roi de la cache
Je me confonds, on ne me voit pas
La lenteur c’est mon truc
J’ai un flegme à toute épreuve
Quand j’ai faim, j’ouvre un œil, j’observe
Mission de repérage
Je progresse vers ma proie
L’air de rien du tout
J’hume, je prends mon temps
Quand je suis tout près
Soudain j’ouvre la gueule
Et tac je la referme
Puissance de la mâchoire
J’avale tout rond
Sans mâcher
Je me demande vraiment ce que je fais là
Accroché
Comme une enseigne
Sur une poutre maîtresse
Le ventre et le regard vides, je deviens neurasthénique
Djamila Gin
CROCODILE my friend
Sous ton apparent flegme, tu te polis les incisives
Patiemment
Comme je taille mes crayons ou nettoie mon clavier
Presque en douce
Mine de rien
Phase de préparation
Je te regarde avancer, progresser
A pas de velours
Malgré ta croûte reptilienne
Sous les épis, la puissance de la douceur
Je gratte les mots
Pour leur ôter les couches
D’un épiderme superflu
Tu ouvres la mâchoire
Comme j’aimerais saisir
Attraper au vol
D’un coup d’un seul
Le commencement d’une histoire
Ne plus la lâcher et la gober
Avant de la régurgiter
Et la partager
Phase de restitution
Djamila Gin
Colère adressée
Colère adressée. Colère pleine d’adresse qui touche sa cible en plein coeur, boum l’arrêt cardiaque, tant pis pour la retenue.
Colère à dresser, à éduquer, à rendre plus malléable, faudrait surtout pas desservir la cause, hein ?
Colère à aimer, à dédiaboliser, colère qui vient dire stop, sourire devient sourcils froncés Silence devient hargne
Une chanson m’a dit « ma Soeur tu n’es pas folle, t’es juste en colère ! » et ma poitrine s’est réveillée, volcan effusions et la lave dans les veines.
On peut surfer sur la colère, mais comment ne pas devenir elleux, devenir celleux qui détruisent par leur colère devenue violence ?
Alors peut-être, colère adressée car colère partagée, colère précieuse préservée protégée mais pas
pas colère arme, pas colère domine, pas colère écrase.
Colère pouvoir du cri, toujours pour se lever ensemble, jamais pour mettre à terre.
Colère adressée par nous, colère exprimée pour nous, regardez cette dignité qui se recolle, On a mué trouvé refuge
Sur cette île pleine de colère Qui nous donne de la force
Colère au coeur on se tient la main Pour se dire les un.es aux autres :
Regarde on est ensemble.
Colère je t’adresse ces quelques mots
Merci pour les béquilles, maintenant je tiens debout.
Elise
Lu à la KLAM
Tu es celle qui mâche les hommes et broie les corps
L'antithèse de l'art et de la création
Le ciel noir aux pluies acides
Tu dévores l'âme, et détruis les consciences
Un mur d'acier s'abat sur le monde
Ils tournent la tête pour nier
Tu recouvres nos paysages imaginaires
Une trace de suie en attendant un cri
Ici et ailleurs, tapie dans l'obscurité
Tu suces le sens de la vie
Machine huilée qui compresse et oppresse
Où sommes-nous en cet instant
Tu brûles tout, même les cœurs
Du béton recouvre tes marques
C'est sans espoir
Tu es la question qu'on se pose
Pourquoi, et encore pourquoi, tout ça
Demain, dès l'aube, à l'heure où l'horizon sera rouge
Tu es un accord mineur qui frappe au cœur
Sombre monolithe bâti sur la souffrance
Il n'y aura pas d'émotions à part la peur
Tu es le tremblement de nos chairs fragiles
En cet instant, tu recouvres le soleil
De ton voile de fumée sanglante
Tu brûles jusqu'à l'oubli de ceux qui t'ont créée
Les généraux rassemblés
Comme des sorcières à une messe noire
Tu seras toujours bien trop intrinsèque à l'esprit dégueulasse des nôtres
La poussière de nos constructions insensées
Les morts, les morts et encore les morts
Sans visage
Ton nom…
Ton nom
Ton nom me donne juste envie d’en finir
Léo
J'ai le corps qui pète
Le corps qui craque
Qui fait boum
Qui fait aïe
Le corps qui saigne
La peau qui fait des plaques
Qui gênent
Et qui grattent
Dans mon ventre,
C'est conflictuel
Dans mes os,
Ça grommelle
Et ma peau,
Elle,
Pèle
Le ménisque tente de rivaliser avec la sciatique,
L'endométriose copule avec l'adénomiose,
L'hernie, solitaire, erre sans son disque.
Les deux carpiens sont en symbiose.
Et puis
[Et puis]
Sous ma poitrine, qui prend de l'âge
- pour ne pas utiliser les vilains mots de mamie -
Tu l'entends ce cri?
C'est le froissement des ailes de mon coeur
Qui se fraillent un passage.
J'ai effrité la pierre,
Et gratté le moisi
Sans aucune prière,
J'ai libéré ce bruit
Je ne ferais point naufrage
Du moins pas aujourd'hui
Ce corps rafistolé
Qu'on m'a priée de détester
Tous les jours je me bats
Et me combats
[Bats]
Pour ne serait-ce qu'un peu l'aimer
Des bouts de moi chancelants,
Des bouts de corps battant,
Forment un puzzle qui se métamorphose,
Se module,
Comme la prose.
Selon leurs propres saisons,
Ces morceaux de moi se meuvent
- Mon corps, mon roman-fleuve -
Et viennent déranger les normes
Finalement, mon corps est en accord
Avec ma génération
Qui, tous les jours s'abreuve
- Faisant bouger les formes -
De chacun de ses rapports
Et chacune de ses actions
J'ai le cœur qui aime
Ce corps de bric et de broc,
Qui fait boum
Qui fait aïe
Il en parcourt chaque parcelle,
La transformant en roc,
Qui fait louve
Brillante d'écailles
Plic
Ploc
On arrose les roses,
Que je sème sous mes pas.
Il est temps qu'elles fleurissent
Et fassent rougir le monde.
Il est temps qu'elles brandissent
L'odeur nauséabonde :
Le mensonge des valides
Il est temps que l'édifice
Qui, tous les jours gronde,
Enfin se fasse justice,
Enfin puisse répondre
Fassent péter l'artifice,
Pour faire danser les ondes
Mon plus joli "je t'aime"
C'est celui que je m'adresse,
À moi.
À ce moi non-dissocié,
Corps et cœur rassemblés
- Même s'il ne résonne que tout bas -
Anouk Renahy-Gourdon
Lu à la KLAM
Dans la peau d’une crocodile
Qui descend de son « perchoir »
Il m’a ému ce jeune hier soir
Il répétait moi j’aime la bagarre, moi j’aime la bagarre
Même pas peur
Tout freluquet face à 2 colosses supporters d’une équipe de foot, à ce que j’ai compris
Je me suis dit qu’il était temps que je descende de mon perchoir
En douce, sans aucun bruit, la nuit sans lune
Il est temps que je donne un coup de patte (?) aux freluquets, aux timides, aux sorcières, aux femmes tondues
Alors, cette nuit, je descends de mon perchoir
Tranquille, tout en douceur
Bruit mat de mes pattes sur le bitume de la place
Je croise un chat noir, feulement
J’ouvre à peine la gueule
Il se carapate
Dommage on aurait pu faire alliance !
Sur le toit, ma copine la chouette hulule ; je sais qu’elle me comprend, on s’écoute bien toutes le deux
J’avance, rase motte, sur les pavés, à la recherche de quelque chose à me mettre sous les crocs
Pas bon de faire la révolution le ventre vide
J’avale un mulot égaré et un gros rat affolé ; à bas le patriarcat
Je désintègre un sac poubelle tombé du container
7 légumes et fruits par jour, le plein de calories, tout va bien
Je peux mettre en pratique mon plan
Tendre un fil invisible tissé par mes amies les araignées autour des chaises que se sont attribués les deux colosses humains, habitués du lieu et que personne n’ose occuper
Demain ils se prendront les pieds dedans et ne pourront plus s’en dépêtrer
Alors le freluquet aura sa revanche et pas même besoin de bagarre
Moi j’aurai regagné mon promontoire et un grand rire poussera à l’intérieur de moi
Le mois prochain, à la prochaine nuit sans lune, ce sera toute la place qui sera entourée d’un long fil que j’aurai enduit de bave de crapeau, pardon de grenouille, et plus personne ne pourra faire de mal aux sorcières.
Djamila Gin
« Questionnitudes et Turpitonnements »
Je n’ai jamais cru que je ne trouverais pas ce que pourtant je n’ai jamais cherché. Les pensées en fleurs, le corps en termitière, mais entièrement, quoique, qui prend le quart. J’étais là, à demi, et rouge, pour le reste. Ça ne faisait pas grande loi en moi, et pourtant, c’est en ce sens que je lui dis :
« Et toi ? Et toi, dis-moi que tu ressens la même chose… »
Sa réponse sonnait groseille, ou une odeur du genre, mais ça va, je l’ai comprise. Je crois. En tout cas ça me projetait, nuagement, dans un socle de porteur, un peu évadeux. C’était pas si désagréable, juste inattendu, vous en conviendrez. Je n’avais pas l’usitude qu’on le fasse pour moi avant que je le fî d’abord. Mais elle. Elle était comprenante. Alors peut-être…Peut-être, oui. Mais cette fois, c’était…comment on dit ? Jsais pas. Je craignais qu’elle s’embrouille de me sensir ti cuet d’un moup, ou si muet d’un…bref. Je lui interrogea :
« Et ça ne te fait pas peur ? Je veux dire…Tu as envie de tout ça ? »
Aïe, aïe, aïe, la méthode Soué, là, ça court aussi dans l’autre sens ? Je veux dire, si je lance un truc de peur, ça fait de la peur ? Elle sourit, je crois que ça va, je pense qu’elle m’écoute, penser, sinon elle sourirerait pas. Ou alors…Non. Faut pas abreuver un âne qui boîte en cheval de course. Ou l’inverse, je sais plus. Si ça se trouve, bah c’est comme moi, elle sourire dans sa tête, et c’est le beau rebelle dedans, on sait pas.
« Est-ce que tu penses que ça va marcher, nous ? Est-ce qu’il suffira d’y croire pour que ça fonctionne, et que nos deux mondes fusionnent ? »
Ohlalalalalala, l’exstress !! Jveux dire, j’ai 3 frois cru qure ça pouvait marcher, mais là, c’était le niveau au-dessus…En fait, c’est moi qui clippe, flarément…Je cramble, flarément…
Et elle m’embrassa.
J’étais juste amoureux…
Florian Gaillard
Il faisait un froid que les humains qualifient de canard. J’ai jamais compris pourquoi.
Moi, suis peinarde sous ma peau couverte d’écailles. Jamais froid, jamais chaud.
Bref, c’était un soir de décembre.
On approchait de l’heure de fermeture du bistrot au-dessus duquel j’officie en effigie. Personne en terrasse, je pouvais rêvasser tranquille et communiquer à ma manière avec ma copine la chouette perchée sur le toit voisin.
Je ne sais plus de quoi on parlait. Sans doute des humains.
Et puis j’ai vu au loin une lueur rouge : celle d’un incendie, qui se rapprochait de nous. Ma copine la chouette a rentré la tête dans ses plumes et moi je me suis fait toute petite. C’était pas le moment de faire ma maline.
Un groupe d’humains transportait sur un chariot ce qui restait d’un immense Père Noël qui finissait de se consumer.
On entendait
« A bas le Père Noël ! Sacrilège ! Halte à la consommation ! La religion est chose sacrée, touche pas à Jésus Christ… »
Si j’avais pu, j’aurais détourné la tête.
Il faisait de plus en plus chaud quand le convoi a stoppé net sur la terrasse.
Discrètement j’ai jeté un œil : les humains portaient tous une petite croix autour du cou. Ils semblaient appartenir à la même famille. Comme mes oreilles sont internes, j’ai pas perdu une miette des conversations sans rien laisser paraître.
J’en ai fait la traduction à ma copine, je suis polyglotte. Je voulais la rassurer.
En gros je disais : t’inquiète pas, ils brûlent juste une sorte de bonhomme à grosse barbe. C’est pas méchant. Ça doit être un jeu ou un rite.
En fait j’ai compris que ce qui l’angoissait était que le feu se propage à la grosse poutre en bois dans laquelle je vis depuis des lustres.
Elle n’avait pas tort, je commençais à avoir un peu peur
Et pourtant je suis stoïque.
Alors je me suis concentrée et j’ai versé toutes les larmes de mon corps. Les flammes se sont éteintes les unes après les autres.
Le reste de la nuit a été calme.
Djamila Gin
« Le petit poussait. Ou pas. »
Il était une fois. Enfin…une fois, probablement qu’à cette époque, ce genre d’histoires étaient courantes, sans contraception ni accès des femmes à l’avortement, « il était une fois, c’est pour la forme ». Donc. Il était une fois, je l’ai déjà dit, oui, me DECONCENTREZ PAS BORDEL, un bûcheron et une bûcheronne qui avaient 7 enfants. Quoi ! Sept ! Elle est pas bûcheronne la pauvre on va partir du principe que c’est pas pépère qui s’occupe de la marmaille, comme d’hab, ils sont infoutus de rien foutre ces incapables. Le cas échéant, la voilà reléguée au statut de gestatrice, bichette. « La belle époque », « c’était mieux avant », TA GUEULE Jean-Michel, fais pas chier prépare la soupe !
DONC. 7 chiards, et le dernier de la taille d’un fœtus, tant qu’à faire. Mais il était « malin ». Bah oui, t’as la taille pour te faire avaler tout rond par une bécasse, mais on te garde et on t’élève, alors qu’on n’arrive pas à nourrir les 6 premiers. Admettons. C’est pas un couffin qu’il lui fallait, mais un bocal de formol. Bref, il survit, rappelons le avec 6 grands frères fils d’un potentiel mascu bodybuildé, 2 parents bûcherons et fauchés, il va pouvoir bouffer du bois, il est heureux le gosse. On va partir du principe qu’il est né, qu’il a survécu, que personne ne lui a marché dessus par erreur, et qu’on a trouvé de quoi le nourrir, parce qu’il était plus petit que le téton de sa daronne. Donc tu survis à tout ça, tu deviens le plus intelligent de la barraque, sans école, sans livre, sans instruction, sans nourriture, et en faisant la taille d’un polypocket. C’est dire l’intelligence des autres, et ils avaient pas encore CNEWS dis toi. Et là ! Là il comprend qu’on veut l’abandonner dans le forêt. Oui oui, il y a probablement 2 ou 3 haches mal affûtées qui trainent pas loin, mais ses parents montessori là ils préfèrent que lui et ses abrutis de frangins flippent bien à mort avant de caner. Le droit à l’avortement n’arrivera que quelques siècles plus tard, mais là, quand même, c’est barbare. Bon, reprenons, on en est où ? Ah, oui, on arrivait à la partie la plus triste. Donc Charles Ingalls sous testo il les emmène dans la forêt pour les abandonner, et ses 6 harceleurs se chient déjà dessus pendant qu’il réfléchit à comment faire alors qu’il leur arrive au genou. Ensuite, en gros, parce qu’on va pas y passer la nuit, Poucet il mange des gros champis, mais pas de ceux qui font péter hein, plutôt de ceux qui font voir des sirènes qui perdent leur queue, des carrosses se transformer en citrouille, une clocharde avec une peau d’âne, ou un loup déguisé en vieille dame. Et là, il grimpe à un gros arbre, probablement une jonquille vue la taille du môme, et finit son ego-trip sous acide en pensant avoir sauvé ses frères qui gisent à côté de lui, les viscères à l’air, pendant qu’il plane grave. Et il finira sa vie, adopté par une famille d’écureuils qui comprendra pas qu’il arrive pas à caler 17 glands dans sa bouche mais l’acceptera comme il est. Sacré veinard.
Florian Gaillard
« Chouette vie/t »
Et alleeeeeez, c’est reparti pour une journée. Fait chier. Je savais qu’en pointant pas à l’heure, j’aurais un poste de merde, mais là c’est le pompon ! Hein ? Mais naaaan, pas toi nounours, rien à voir, je parle de…Oh et puis merde. N’empêche le Michel le bouc il se plaint, il ronchonne, mais même si c’est bruyant aux Halles et qu’il est en plein cagnard, il a des jours off, LUI. Bon, j’aimerais pas avoir sa gueule et son odeur, mais sa tranquillité, j’achète, il se fait pas tripoter toute la journée, LUI ! Le chat lui il a pointé le premier ce gros malin, du coup il peut flâner sur les toits tout du long, personne viendra le chercher ni le déloger. Les escargots eux ils ont postulé en groupe, comme ça ils sont peinards en famille, ils prennent leur temps. Moi il y a quelqu’un qui a postulé pour être mon assistant, c’est Salamandre. Je me suis dis « Ouaaais, trop cooool, c’est vachement sympa ! ». Haha. Non. Ce traître s’est planqué derrière des barreaux et me regarde faire tout le taff. Quelle enflure, j’espère que Grand Duc viendra le gober ce judas. Bref, moi jsuis relégué en tube à essai pour pangolin chinois, tous les morts-la-faim qui croient que leurs vœux vont se faire exaucer en me tripotant la bedaine se succèdent comme des bœufs à l’abattoir. Ça va de Chantal, qui fait le vœu de tomber enceinte, alors qu’elle a 55 ans et 55 ans de célibat à son actif, en pensant que la Cigogne va lui ramener un chiard alors qu’elle fait l’égérie Spontex sur un mur que personne regarde. Ça passe aussi par José, comptable et portier du FC Machine-En-Bresse, qui espère devenir le prochain Mbappé alors qu’il s’en enquille autant dans le gosier que le Croco qui crèche dans la rue des bistrots. Bon, lui, c’est des poutres qu’il avale, mais il a l’air aussi cuit que si c’était du Ricard. Courage pour les échardes mon pote. En finissant par Eglantine, petite merdeuse qui pense stopper la guerre partout dans le monde avec un vœu alors que ses connards de parents ont voté Sarko. Elle y est pour rien hein, mais la tôle qu’elle va se prendre en parlant altermondialiste avec papounet quand elle lui présentera son punk à chien de copain rencontré en Terminale L, elle est pas prête pour la suite.
Bref. Et là. Au milieu de tous, il y a la petite Sélène, qui me fixe, les yeux humides. Elle me pointe du doigt en tirant sur la jupe de sa maman. Je l’aperçois par petits épisodes espacés par des collages de gros doigts moites. Mais elle me fixe avec un avec un regard plein d’espoir. Je crois la voir demander à son papa si elle peut me toucher, et lui de lui répondre que c’est à moi qu’elle devait le demander. Alors elle s’exécute. « Est-ce que je peux faire un vœu, madame la chouette ? ». Bien évidemment, je ne pouvais pas lui répondre. Je suis une chouette taillée dans la pierre. Mais quand même, j’accepte. Et voilà ce qu’elle me dit et qui me fait immédiatement accepter ma condition :
« Je fais le vœu de libérer tous les animaux du monde, même ceux des livres et des histoires ».
Florian
Bruits d’hier : discussion entre partisans du duché et ceux du roi de France ; on en vient aux mains. Bruits de bagarre
Un ado d’aujourd’hui « moi j’aime la bagarre »
Pendaisons publiques / bruits mat, exclamations du public
Accusations de sorcellerie / circulation de la peur. Ça fait quelle sorte de bruit ?
Apparition des vitrines. Bruits intérieurs et extérieurs
Dedans dehors
Trop c’est trop (au sujet des premières affiches publicitaires) au début du siècle
Résistance s’organise, à bas bruit
Femmes rasées à la libération en place publique, devant le troquet
(le crocodile est une femelle)
Le père Noël est une ordure / pendaison et feu
Le crocodile stoïque/ la crocodile
Une porte qui claque ou au contraire ouverte sans produire aucun bruit
La crocodile témoin visuel et auditif
Les crieurs aujourd’hui
Brouhahas et en même temps des mots qui émergent : vigilance orange, tornade, contre-jour, pilote automatique
Pour se sortir de sa neurasthénie, la crocodile prend goût à la poésie
Djamila Gin
« Hybridation »
Pourquoi ? Pourquoi cette hargne qui semble l’habiter ? Non, peut être pas de la hargne. De la férocité. C’est ça, elle est féroce. De toutes les animales que j’ai croisées, celle-ci me semble la plus dangereuse, la plus déterminée, à ne rien lâcher. Rien. Son corps, veiné, est en papier mâché, mais elle a l’aura de la fonte. Je la sens lourde et imprenable, et elle, dans ma tête, se meut comme une déesse. Impassible, sûre, légitime. Dis-moi, chienne, d’où te vient cette colère ? De ceux qui t’ont choisi ce nom, tu dis ? Elle n’avait pourtant rien dit, mais je l’ai très distinctement entendue. C’était agaçant, et je sentais ma mâchoire se serrer, tant elle était avare de se montrer sous son vrai jour. Alors, pour l’inviter à recommencer, je m’avançais, pas à pattes, lentement…Elle ne bougeait pas davantage, est-ce que je l’impressionnais ?
Pas le moins du monde, me dit-elle. Toi ? Un bipède, m’impressionner ?
Elle souriait. Je crois. Ou peut-être était-ce moi. Je ne ralentissais pas, et pourtant déjà j’abaissais mes oreilles, en signe de reddition. Qu’il est étrange de savoir par instinct qu’il fallait se soumettre à plus forte que moi.
Tu vas t’y faire, lui dis-je.
J’espère, lui répondis-je.
J’étais presque à portée d’elle, je pouvais entendre jusqu’aux ultrasons de sa respiration, et l’odeur caractéristique de ses phéromones…Son identité se déclinait ainsi dans mes naseaux, imperceptiblement. Et pourtant, je compris que plus jamais je ne la confondrais avec une autre. Toujours en m’approchant, je haletais, comme pour évacuer mon stress, la langue en quête d’humidité. Mes bras s’appesantissaient pendant que mes postérieurs se tendaient, se préparant à la fuite, ou au combat. C’est mon cœur battant à tout rompre qui m’intima de lui aboyer la chose suivante :
Arrête ! Stop !
Mais elle ne bougea pas plus que depuis mon arrivée. Mes grognements ne l’impressionnaient toujours pas, ni même mes crocs apparents. Me retrouvant à 4 pattes, mains et pieds fermement ancrés au sol, je sentais mieux le pelage de mon dos se hérisser sur ma colonne. La peur se mélangeait à la férocité qui moi aussi m’envahissait.
Fuis, la queue entre les jambes, avant d’être assaillie, me disais-je.
Reste, et ressens qui je suis, nous répondait-elle.
Comme pour la défier, je soutenais son regard, me galvanisant et me sentant forte à mon tour. Je sentais infuser la puissance dans mes 4 membres prêts à bondir. Mes côtes se soulevaient sur mes flancs, ma nuque se raidissait en attrapant le tissu entre mes crocs fermement plantés dedans. Je ne lâcherai plus jamais. C’est le mien. Jamais tu ne l’auras. Désormais, j’étais chienne, et gare à celui qui me traiterait…en chienne.
Florian
Lu à la KLAM
En ce moment, je me demande beaucoup : pourquoi ta mort m'atteint autant ?
Il y a bien sûr le chagrin. Mais pourquoi j'ai vécu ta mort, et pas l'une des autres ayant ponctué mon année, comme le coup de trop ?
J'ai trouvé en moi quelques éléments de réponses et ils sont nombreux. Alors pour ne pas les perdre, je mets de l'encre, de l'ordre, sur les mots qui s'entremêlent dans ma tête.
Il y a bien sûr le fait que tu sois partie de façon complètement inattendue et si jeune.
Il y a la manière dont je l'ai su, c'est à dire par l'une des personnes qui t'a utilisée et a profité de ton mal-être. Cette personne dont tu m'as parlé lors de notre dernière discussion. Cette flèche envoyée au centre de ma colère : celle contre le patriarcat. Cet homme qui a abusé de toi et de ta bonté, qui affiche sa tristesse publiquement, sans honte. Cet homme que je considère, avec certains des autres hommes de ta vie, comme en partie responsable de ta mort.
Je ne suis plus en colère. Aujourd'hui c'est la rage qui prime. Parce que ta mort, elle me ramène aussi à toutes ces remarques que l'on a pu me dire : apparemment je suis trop en colère. Apparemment il faudrait que je me calme, que j'analyse, que je dédouane, que je comprenne, que je sois pédagogue, que j'excuse.
Sauf que ma colère, ma rage, elles sont légitimes. Parce que j'ai passé plus de la moitié de ma vie à essayer de comprendre, à essayer de me mettre à la place de, à essayer de pardonner, d'expliquer, d'être pédagogue, de me calmer. En vain.
Depuis très jeune, trop jeune on m'a appris la méfiance. Méfiance légitime quand on voit ce qu'impose le groupe homme aux minorités. Et j'ai appris à voir la mort. La mienne, celle que j'ai tellement frôlée. Qu'ils m'ont fait frôler. À tellement de reprises que je ne sais même plus les compter. Toutes ces fois où je me suis débattue pour ma vie, pour finir par me dire "cette fois, c'est fini".
En ce moment, c'est l'image du rond-point dans lequel il avait failli nous encastrer à toute vitesse, simulant un évanouissement pour "me faire peur". C'est cette image-là qui me revient tout le temps. Entremêlée à une autre, que je vois, pour la première fois depuis 9 ans, d'un point de vue différent. Dans ce point de vue, je ne vois que mon regard. Ce regard persuadé qu'il n'y a plus de porte de sortie, que c'est la fin. Ce regard face à sa main qui m'enserre le cou, face à son visage déformé par la haine.
Parfois, ce sont d'autres images. C'est les mains derrière moi qui reviennent, celles qui ont failli elles aussi m'enserrer. C'est leurs corps sur le mien impuissant. Leurs corps pénétrants, leurs corps violant. C'est toutes ces fois où je sais y avoir échappé de peu.
D'autres fois, c'est ma peur de la mort de mes proches, de toutes les fois où elles y ont échappé, elles aussi. Cette peur qui me hante. Et la culpabilité que je porte d'avoir tant essayé de les préserver. La culpabilité d'avoir échoué. Culpabilité que je porte et qui me brise malgré la conscience que je n'y peux rien.
Ta mort, c'est un rappel. Un rappel très douloureux. Un rappel qui me dit, qui me confirme : ma colère, notre colère, est légitime. Mon combat, notre combat, est légitime. Parce qu'on entend encore dire qu'une femme dénonce, accuse, porte plainte, pour l'argent, la célébrité ou par vengeance. Parce qu'ils ne veulent pas voir, pas affronter, pas devenir alliés et nous laisser un peu d'espace, de parole, de dignité. Parce qu'ils nous accusent de les détester individuellement alors qu'on ne cesse, par tous les moyens possibles, de dénoncer un système qui les enterre, certes moins que nous, mais eux aussi.
Après avoir essayé l'écoute, la compréhension, l'empathie, j'ai trouvé un outil autant constructif pour eux que libérateur pour moi : l'humour, la misandrie. Mais là encore ça ne leur va pas, parce qu'ils prennent de plein fouet la violence des "blagues", des clichés, qu'on se prend dans la tête depuis notre enfance. Ils se sentent agressés par des mots quand tous les jours on l'est, quand tous les jours j'ai peur de sortir et d'affronter le monde. Parce que oui, sortir, c'est risquer à chaque fois l'agression. Aujourd'hui je suis, en rage, mais aussi très triste et surtout épuisée. On n'agira jamais comme il le faut, alors autant choisir la méthode qui m'épuise le moins.
Cet élément-là de compréhension, celui de la rage qui m'enserre la poitrine, c'est le premier qui me vient face à l'impact qu'a ta mort sur mon cœur. Demain, peut-être, j'en encrerai un autre. En attendant, que mes larmes coulent sans peur, sans honte. Qu'elles dévalent la raide pente de mes joues. 33 jours depuis l'annonce de ton décès. 33 jours de larmes, et croyez-moi, elles sont salées.
Anouk Renahy-Gourdon
Lu à la KLAM
Laissez-vous porter par les mots des autres, qu’ils disaient…
Alors je les ai pris au mot, les autres, et j’ai porté.
J’ai porté les autres et leurs maux, leur souci, leur problème.
Mais moi qui m’a portée quand je me suis effondrée sous le poids des mots et des maux des autres ?
Du coup on m’a dit de ne pas prendre pour argent comptant les mots des autres. L’art des gens d’être content ou pas est une plaie ou bien ça ne plaît pas. Et moi j’ai encaissé les maux des autres. J’ai même fait crédit à leurs mots. Mais qui m’a rendu la monnaie ?
Voilà, malgré tout essaie d'apprécier cette soirée hors du temps, ont-ils fini par me dire !
Alors ça, ça pique !
Comment apprécier un soir et un taon qui pique ?
On le prend souvent pour une grosse mouche celui-là.
Hors du temps mais pas toujours hors des piqûres du taon.
Le temps apaise les mots mais le taon inflige les maux.
Piquée à vif avec tous ces jeux de mots, j'ai fini par prendre la mouche et laisser le temps au taon de quitter la pièce.
j'espère que vous aurez apprécié mes mots dans le temps imparti.
Karinedel
Klamer en liberté
Le tintement des verres le cliquetis au comptoir des lèvres humectées
ça y est, le décor est planté.
Le mot soyeux, tendre sur la corde raide d’une plume affûtée. Le cœur en suspens,
les oreilles en suspension, la gorge déployée,
L’écoute attentive et pointue.
L’ivresse du verbe,
Y’a des mots qui partent, frappent et résonnent sur une douce mélodie touareg.
Y’a des plumes qui transpirent, des mots qui hachent, des verbes qui saucissonnent. Les mots sur le fil du rasoir
Ça cogne plus dur que l’acier tend à se déformer.
Le tremblement de la feuille, la voix chevrotante, les genoux qui cognent, la jambe trahissante.
Il en faut du courage pour se tenir là, debout face à nous-mêmes, face à vous.
Ils sont là, ces méandres de la pensée
qui vont, qui viennent, qui font un pas de côté.
Du côté de la face peu reluisante
qui vient détricoter nos systèmes et nos biais.
Y’a qu’a faut qu’on, y’a qu’a faut qu’on.
Cette inlassable litanie
qui vient nous border, nous éviter de déborder ? Faut faire vite, bien, avec,
Faire, défaire, refaire. Penser droit, juste, équitable
Ne pas juger, éviter les faux-pas
Les pas de deux, de trois pour valser en beauté.
La beauté qui se déhanche sous nos regards brillants.
Du brillant, de l’exaltant, du galvanisant galvaniser cette énergie commune
et le plaisir de se retrouver pour klamer en toute LI-BER-TE !
Cléo T.
Lu à la KLAM
La comptine de mon cœur,
Me ramène toujours à ce planisphère,
Constitué de tous les morceaux de moi.
Des morceaux de bonheur,
Des morceaux de rencontres.
Des morceaux plein le cœur,
Qui tous les jours me démontrent,
La force donnée par mes sœurs.
La comptine de la mosaïque de mon cœur,
Ne retient aucun adversaire.
Elle est composée de tous les morceaux de nous.
De nous parce que grâce à vous.
Des morceaux de souvenirs,
Des morceaux d'aventures.
Des morceaux de mon navire,
Pour naviguer sous toute température,
Et me montrer combien il est beau, l'avenir.
Dans cette mosaïque, sur ce beau planisphère,
Regarde, juste ici, c'est toi,
Juste au milieu de la mer.
Et puis Édith est là,
On peut voir sa lumière,
Elle brille sur tout l'univers,
Elle éclaire tous nos pas.
Qu'il est beau, ce planisphère.
Anouk Renahy-Gourdon
Lu à la KLAM
Quand la maladie toque à la porte, tu t'attends jamais à la maladie, ça te tombe dessus sans que tu puisses contrôler et tu dois faire du mieux possible pour épauler, écouter, accompagner, s'adapter aussi, à chaque instant.
J'ai jamais eu de personnes proches qui ont été touchées par la dépression, alors j'ai fait comme j'ai pu, j'ai su demander de l'aide et alerter, m'entourer pour tenir sur la durée. Une personne qui va mal ça suffit, pas besoin que ça fasse domino, sinon il faut tout ramasser et c'est deux fois plus long. A l'heure actuelle je mets ça là, mais j'aimerais pouvoir avoir une confirmation et plus de clés pour comprendre.
Parfois je suis énervé envers toi et j'essaye d'accepter cela sans me juger et culpabiliser de l'avoir fait ou pensé..
C'est dans ces moments-là que tu te rends compte de tes propres ressources, personnelles, que tu as su construire avec différents outils.
J'aimerais tellement que tu puisses ouvrir les yeux et accepter une main tendue pour t'aider à avancer dans la guérison.
C'est dur de ne pas se positionner comme sachant, de ne pas donner de conseils, de savoir quoi faire tout simplement.
Il y a des jours plus compliqués et j'apprends à les accepter. Se réjouir de chaque petite victoire, j'ai appris cela depuis quelques temps. Quand il y a des prises de conscience, un sourire, une chose qui lui fait du bien, quand elle a le courage d'en parler, de m'ouvrir son cœur pour mieux que je comprenne.
Ça serait faux de dire que j'ai jamais pensé à partir, mais dès qu'une journée est mieux, je change d'avis, puis la voix de la culpabilité de la laisser seule puis viennent les questions de logistique et d'organisation.
Alors on apprend à danser sous la pluie, on s'entoure, on rit, on va chez la psy, beaucoup trop, on s'autorise à s'effondrer dans les plurielles amitiés, et on continue le chemin de sa vie, putains que c'est bon d'être égoïste parfois.
Mae
Lu à la KLAM
Massalia, Massilia, Marseille, autant de sonorités qui viennent tinter mon oreille.
Mon oreille, imprimée du bruit des klaxons aux abords de la gare.
Des jurons, des rires, beaucoup de musique sur l’axe profilé de la Cannebière.
Un peu plus loin, le vent s’engouffre dans les haubans venant cliqueter les mâts du Vieux-Port.
Le Vieux-Port, cœur battant, palpitant, protégé des quatre vents. C’est ici que tout commence.
Le mistral qui gonfle tes poumons à plein régime, une expir intense et brutale.
Et tout à coup, l’épaisseur du silence.
Nous voici plongés dans l’univers aquatique de la grotte.
Je détecte les murmures de la mer qui a tant de choses à nous raconter.
Remontée à la surface, j’entends le ressac de la mer et le roulis des galets sur la plage.
Je perçois, des antres du panier, les cris déchirants de ces femmes enfermées
au couvent des repenties, ses exilé.es venu.es de Méditerranée, que l’on malmène, parfois sans répit.
Et puis, je goûte aux petits plaisirs, aux panisses de pois-chiches qui appâtent ma pensée et me ravissent le palais.
Le croquant sous la dent à m’en faire renverser.
J’ai le goût de la vie, de sel et de mer, des encornets et des sardines grillées. Je goûte à la liberté de mouvement,
je suis les détours et égarements du dédale de ma pensée.
Au détour d’un chemin, il y a la caresse de la bise légère sur mes joues. Je frotte la rugesse du romarin entre mes mains.
La douceur de la pierre polie m’enivre autant que les aspérités de la roche me contraignent.
Je sens la peinture des œuvres prolifiques qui courent sous mes doigts du cours Julien au Panier.
Et surtout, l’expérience du verre soufflé et sa forme cylindrée, la chaleur intense du chalumeau à proximité.
Des étals de poissons, les épices quatre saisons, la fleur d’oranger, autant d’effluves qui tourbillonnent et me montent à la tête.
L’odeur de certaines poubelles qui débordent et humectent l’air ambiant. Les pots d’échappement cotoyant les fragances des savons des boutiques qui échelonnent la ville .
Il y a surtout la senteur du pin sylvestre, douce et chargée d’embruns de Méditerranée sur la cote déchiquetée.
J’observe cette ville tout en relief et en contrastes.
Des paysages protéiformes et la blancheur calcaire qui m’éblouit sous la percée nuageuse. Cette côté découpée, façonnée, jalonnée de failles et d’interstices,
cette ville, brodée, dessinée par mille regards d’artistes.
Du verre translucide à la peinture opaque, du jeu de matière dans les peintures, la céramique et le plâtre.
Les sourires sont de mise, la joie palpable.
Les entrelacs du bâti se stratifient à mesure que la ville s’agrandit.
J’observe aussi tous ces noms de rue à charge contre les femmes du déshonneur ou repentir.
Massalia, Massilia, Marseille, l’envoûtante, l’enivrante, la débordante. Je te sens, te hume, te respire et t’observe.
Tu me ravis le cœur et l’esprit, je me réjouis à te retrouver et à te voir partir aussi. Tu es pour moi une grande bouffée d’air, une claque marine,
un ballon gonflé à l’hélium de cultures.
Tu es et resteras mon ancrage, mon port d’attache, mon amour et mon désamour. Marseille, je t’aime !
Cléo T.
Des mots
Moi aussi, j’ai des trucs à dire ! Y a pas que toi ! Y a pas que vous ! J’ai des mots plein la bouche. Sur le bout de ma langue, il y a tellement de mots, je peux même plus la fermer, ma bouche.
Alors je vais l’ouvrir, je vais vous dire quelques mots. Un peu vider mon sac.
Je pourrais commencer avec quelques mots doux, mais alors des mots d’où ? Des mots d’ici, de maintenant, ou bien des mots d’ailleurs, d’après, d’avant.
Avec des mots de feu, ou avec des mots d’air, et des grosso mots d’eau, de mer,
tout droit sortis des yeux de ma mère, ou de la tienne, ou de la vôtre, enfin des mots de mères, quoi. Des mots de mères et des paires de mots.
J’aimerais vous dire des mots modestes, des mots moqueurs, des mots modernes, des mots modiques, des mots dits à demi-mot, des mots maudits, des mots trop crus, des mots cui-cui, des mots cuits durs, des à la coque, des mots mollets.
Des mots câlins, des mo…cassins de mo…hican, des cocktails de mo…lotov, des coquilles de mo…llusques,
De mo…luxe.
Je voudrais dire des mots maousses, des mots mastocs, des mots comme Vladivostock, des mots bidule, des mots pendule, que le grand cric me croque, un peu plus à l’ouest, mon capitaine Haddock.
Des mots gyroscopes, qui se télescopent, qui s’emberlificotent, et se détricotent.
Des mots tabous, ou des qu’on met bout à bout, des mots sans queue, des mots sans tête, sans rimes ni raison, des mots mi figues, mi raisin, des mots fisin, sans peur et sans reproche, des mots qui courent à la bamboche, à la fête, à la cloche, de bois, à la fée clochette, à la mouche du coche.
Ou des mots inventés, des mots jamais dits, jamais entendus, par aucun être vivant. Des mots d’astéroïde, traversant le vide, des mots d’éboulis, de roche, des mots de pierre, de caillou, de gravier, de grain de sable, des mots impensables.
Et des mots disparus, de civilisations anciennes, entre Tigre et Euphrate, des mots du temps où la Terre était plate.
Des mots qui fusent, des mots qui frappent, des mots qui flanchent et qui s’enfuient.
Par exemple, je sais pas moi, des trucs du genre :
Deux points, ouvrez les guillemets : « Derrière son bar, virgule, ce soir, virgule, le père Amar, virgule, remplit des verres et sert des bières. Derrière son bar, le père Amar, vivant buvard buvant blafard les mots bobards de blédards trop bavards. Derrière son bar, virgule, le père Amar, virgule, ce soir, virgule, est bien fatigué. Point. Salutations Amar !!! Salutation. » Fermez les guillemets
Et puis, c’est pas fini, je pourrais dire aussi des mots mystère, des mots tiroir, des mots valises, des mots scalpel, des mots suture, des mots miroir, pour mieux s’y voir et recevoir vos mots buée, vos mots nuage, vos mots brouillard qui se condensent, et se compilent et qui retombent en pluie… de mots.
Je voudrais pouvoir enfin lire et relire, et dire et redire les mots de tous les dictionnaires, et de tous les annuaires, dans toutes les langues de tous les pays du monde, mais qu’est-ce que c’est beau les mots, et d’abord les crier, les gueuler, les brailler puis les murmurer, les chuchoter, les effilocher,
et puis les laisser partir,
et pour finir……………… et pour finir, enfin… me taire.
Boa
Lu à la KLAM
Lu à la KLAM
Ma grand-mère, comme beaucoup de personnes âgées autour de moi, me dit souvent "maintenant on fait plus d'enterrements que de mariages, malheureusement ça va avec l'âge".
Personnellement, je crois que j'ai toujours fait plus d'enterrements que de mariages. Rien que cette année, j'ai fait un mariage et deux enterrements. 2 points pour la mort ! J'ai 29 ans.
Je n'ai pas besoin d'y réfléchir beaucoup pour savoir que ça ne me dérange pas trop. Je ne parle pas de mon âge, bien sûr il ne me dérange pas. Ni de perdre des proches, ça ça me dérange quand même. Mais ne pas faire beaucoup de mariages, ça ne me dérange pas.
Cette année, j'ai fait le mariage d'un membre de ma famille. Ça partait mal : je ne peux pas supporter le marié. Ça durait 3 jours et comme souvent, je ne connaissais pas la moitié des personnes présentes pour le mariage. Dans la petite moitié de celleux que je connaissais, il y en a une grande partie que je vois très peu.
Je ne m'attendais pas à comprendre, à vivre de façon viscérale, mon dégoût des mariages de façon si forte. Et pourtant, la vie nous surprendra toujours.
"franchement très bon magasin de costumes, j'ai trouvé une super robe de femme pour moi, et un beau costume d'homme pour lui pour pas cher" ok, je souffle. Y'a rien qui vous dérange, vous, dans des propos comme ça ?
Une partie du mariage, la partie religieuse, se déroulait en extérieur, dans une vieille église en ruine. Magnifique. J'ai d'ailleurs adoré la symbolique, même si je crois avoir été la seule à y voir un effondrement de la religion.
Toutes les "femmes" étaient en robes et talons, mis à part ma mère et moi (mon adelphe étant partie avant). Tous les "hommes" évidemment en costume et blablabla.
Il avait plu jusqu'à 10 minutes avant la cérémonie, une vraie averse. Toute l'organisation étant chronométrée, il fallait guetter l'arrivée de la mariée. L'une des filles de la mariée m'a demandé à moi d'aller guetter parce que "t'es la seule pas en talons, moi je m'enfonce"
Après la cérémonie, il y avait un pot à l'extérieur, sur l'herbe. Un vrai sketch.
Et pour le repas du soir, j'étais à la même table que : 3 couples avec enfants et les deux filles de la mariée. L'un des couples était un couple de flics. J'ai donc passé une partie du repas à entendre parler de la vie parentale - ok je souffle - , une autre partie entourée de propos racistes - ok j'ai plus d'air à souffler -, et la dernière partie, dans mon lit.
Je ne donnerai pas plus d'exemples, et sans doute de votre côté rien ne vous dérange trop dans cette description, si ce n'est, je l'espère, au moins les propos racistes. Moi, ça m'a touchée en plein dans mon identité. Je n'ai jamais été "femme", comme l'entendent les normes sociétales. Ce mariage m'a ramenée au collège, à l'année où je me suis faite harcelée violemment et maltraitée. Les années d'après, j'avais décidé de rentrer dans les codes, de performer ce qu'est "une femme". J'ai mis longtemps à accepter qui je suis, à me défaire de ces normes. J'y travaille encore d'ailleurs. Au-delà du traumatisme réveillé, de l'inconfort sur le moment, ça a réveillé une grande colère en moi. Dans ces milieux hétéronormés, on peut entendre la peur des milieux plus inclusifs, des milieux queer, entre autres. Parfois même la haine des personnes queer. Mais qui exclut vraiment qui, finalement ? Quelle humanité est vraiment reniée, dans des moments comme celui-là ? Honnêtement, la mienne l'a été, durant ces trois jours de "célébration de l'amour". Comme une enfant, avant d'aller me réfugier au fond de mon lit, je me suis retrouvée en larmes dans les bras de mes parents. Mais pas parce que "oh mon dieu c'est trop beau, je rêve du moment où je rencontrerais mon prince ou ma princesse charmante et pourrais enfiler une telle robe"
Alors je me suis concentrée intérieurement sur l'entourage que j'ai, sur l'entourage que j'ai choisi d'avoir au quotidien. Cet entourage tolérant, bienveillant, acceptant. Et ça m'a réchauffé le cœur. Merci à ma famille proche, merci à ma famille choisie, d'accepter l'autre comme iel est vraiment, de s'intéresser à l'autre pour ce qu'iel est intérieurement. Aujourd'hui j'ai 29 ans, et j'aime profondément les personnes qui m'entourent, et la personne que je deviens. Tout ça vaut tellement plus que vos mariages codés auxquels je vous supplie d'arrêter de m'inviter.
Anouk Renahy-Gourdon
Mesdames,
J’utilise le féminin pluriel car, visiblement, c’est ce genre qui est ici en majorité
Si je vous ai réunies, c’est pour vous présenter l’œuvre de notre artiste Alouette Bonaventure qui est, comme vous le savez, originaire de notre belle cité.
Avant de lui passer la parole, je tenais juste à vous indiquer que cette œuvre a été conçue uniquement avec les doigts de pied de l’artiste poly handicapée.
Elle a choisi de ne faire qu’un de deux animaux (panda et dauphin) qui nourrissent son imaginaire, et de créer ainsi la nouvelle effigie de notre ville : Le pandauphin
Merci
Djamila Gin
Lu à la KLAM
Dounia et la princesse d'Alep - Echo au film d'animation de Marya Zarif
Un film tout poétique d’une belle esthétique.
Allons planter le décor
l’histoire, les légendes et bien plus encore.
Une petite fille, Dounia, six ans goûte à la vie de son regard d’enfant.
Elle habite un pays, la Syrie avec sa mamie, son papy,
où les coques de pistaches s’érigent en maisons.
Nous voici à Alep, berceau de la tradition.
Des fontaines chantantes, le gazouillis des oiseaux que le ciel de Syrie est beau !
Une ville qui regorge de secrets, une ville qui regorge de gourmets.
Son souk et ses sept épices
un ingrédient mystère s’invite avec malice.
De l’aubergine à la rose
en confitures elles se métamorphosent.
Dounia a des étoiles plein les cheveux
elle chemine, l’émerveillement dans les yeux.
Des légendes comme clé de voûte dans un pays en déroute
pour se construire et tracer sa route.
L’injustice, le deuil, la guerre l’exil, de frontière en frontière.
Le froid, la pluie, le silence...habibi Qu’il est dur de quitter son pays !
Et quand il vient l’heure de s’envoler,
la princesse d’Alep veille sur toi dans la nuit étoilée.
Il y a aussi les graines de baraké qui s’invitent au voyage.
On dit qu’elles éloignent le mal de toute chose même du mal. Leur pouvoir est immense,
elles s’annoncent comme une providence ! Du bateau pneumatique au campement, le son du oud accompagne tendrement.
Après un parcours semé d’embûches et d’écueils, enfin le Québec, nouvelle terre d’accueil !
Dounia caresse la maison aux murs bleus
goûte à la neige fraîche, à de nouveaux jours heureux.
Un nouveau chez soi, une part de Syrie que l’on emporte avec soi. Dounia, ça veut dire « le monde »
et le ciel est le même pour tous les oiseaux du monde.
Cléo T.
