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Mai 2026

Cher arbre

LE CROCODILE AU DESSUS DE

LA CAUSERIE DU MONDE

Il y a des jours où je me demande ce que je fais là 

Perché, loin de mon milieu naturel

Au-dessus de ces humains qui causent qui causent qui boivent du thé

Moi qui n’aime que me traîner au sol, au ras des pivoines ou au fil de l’eau

Niveau zéro, je rase motte, je suis le roi de la cache

Je me confonds, on ne me voit pas

La lenteur c’est mon truc

J’ai un flegme à toute épreuve

Quand j’ai faim, j’ouvre un œil, j’observe

Mission de repérage

Je progresse vers ma proie

L’air de rien du tout

J’hume, je prends mon temps

Quand je suis tout près

Soudain j’ouvre la gueule

Et tac je la referme

Puissance de la mâchoire

J’avale tout rond

Sans mâcher

Je me demande vraiment ce que je fais là

Accroché

Comme une enseigne

Sur une poutre maîtresse

Le ventre et le regard vides, je deviens neurasthénique

Djamila Gin

CROCODILE my friend

Sous ton apparent flegme, tu te polis les incisives

Patiemment

Comme je taille mes crayons ou nettoie mon clavier

Presque en douce

Mine de rien

Phase de préparation

Je te regarde avancer, progresser

A pas de velours

Malgré ta croûte reptilienne

Sous les épis, la puissance de la douceur

Je gratte les mots

Pour leur ôter les couches

D’un épiderme superflu

Tu ouvres la mâchoire

Comme j’aimerais saisir

Attraper au vol

D’un coup d’un seul

Le commencement d’une histoire

Ne plus la lâcher et la gober

Avant de la régurgiter

Et la partager

Phase de restitution

Djamila Gin

Colère adressée

 

 

Colère adressée. Colère pleine d’adresse qui touche sa cible en plein coeur, boum l’arrêt cardiaque, tant pis pour la retenue.

Colère à dresser, à éduquer, à rendre plus malléable, faudrait surtout pas desservir la cause, hein ?

 

Colère à aimer, à dédiaboliser, colère qui vient dire stop, sourire devient sourcils froncés Silence devient hargne

 

Une chanson m’a dit « ma Soeur tu n’es pas folle, t’es juste en colère ! » et ma poitrine s’est réveillée, volcan effusions et la lave dans les veines.

 

On peut surfer sur la colère, mais comment ne pas devenir elleux, devenir celleux qui détruisent par leur colère devenue violence ?

 

Alors peut-être, colère adressée car colère partagée, colère précieuse préservée protégée mais pas

pas colère arme, pas colère domine, pas colère écrase.

 

Colère pouvoir du cri, toujours pour se lever ensemble, jamais pour mettre à terre.

 

Colère adressée par nous, colère exprimée pour nous, regardez cette dignité qui se recolle, On a mué trouvé refuge

Sur cette île pleine de colère Qui nous donne de la force

 

Colère au coeur on se tient la main Pour se dire les un.es aux autres :

Regarde on est ensemble.

Colère je t’adresse ces quelques mots

Merci pour les béquilles, maintenant je tiens debout.

 

 

Elise

Tu es celle qui mâche les hommes et broie les corps

L'antithèse de l'art et de la création
Le ciel noir aux pluies acides

Tu dévores l'âme, et détruis les consciences
Un mur d'acier s'abat sur le monde

Ils tournent la tête pour nier

Tu recouvres nos paysages imaginaires
Une trace de suie en attendant un cri
Ici et ailleurs, tapie dans l'obscurité

Tu suces le sens de la vie

Machine huilée qui compresse et oppresse
Où sommes-nous en cet instant

Tu brûles tout, même les cœurs
Du béton recouvre tes marques
C'est sans espoir

Tu es la question qu'on se pose
Pourquoi, et encore pourquoi, tout ça

Demain, dès l'aube, à l'heure où l'horizon sera rouge

Tu es un accord mineur qui frappe au cœur
Sombre monolithe bâti sur la souffrance

Il n'y aura pas d'émotions à part la peur

Tu es le tremblement de nos chairs fragiles

En cet instant, tu recouvres le soleil
De ton voile de fumée sanglante

Tu brûles jusqu'à l'oubli de ceux qui t'ont créée
Les généraux rassemblés

Comme des sorcières à une messe noire

Tu seras toujours bien trop intrinsèque à l'esprit dégueulasse des nôtres

La poussière de nos constructions insensées
Les morts, les morts et encore les morts
Sans visage

Ton nom…

Ton nom

Ton nom me donne juste envie d’en finir

Léo

Lu à la KLAM

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