Décembre 2025
À partir d’une photo
C'est une femme sexagénaire, blonde, les cheveux courts, le regard vif et acéré, qui semble regarder son environnement avec néanmoins beaucoup d'empathie.
Assise devant un mur haut et parcouru d'ombres, elle écrit et réfléchit à sa lettre ouverte adressée à un journal : "Je voudrais témoigner de mon expérience et de ma réflexion sur le monde contemporain, où peurs et angoisses habitent tout un chacun ; est-ce le propre de notre époque ? qu'en est-il des siècles passés ?
La peur a changé de forme, le stress est plus informel ; nous sommes noyés sous les informations, sans jamais de répit. Nous ne pouvons pas agir face à ces infos que nous subissons.
La presse écrite permettait une distance, offrait un choix ; on pouvait lire seulement ce qui nous intéressait.
Maintenant, c'est un flot continu ne permettant aucune sélection ; seul un refus global est possible par l'arrêt d'un bouton.
La quantité d'informations est épouvantable : nous apprenons la survenue d’un tsunami, d’un tremblement de terre, d’une coulée de boue à l'autre bout de la planète, sans pouvoir réagir et nous sommes anéantis.
La guerre gronde sous nos fenêtres informatiques, des ombres menaçantes dansent sur nos écrans ; nous ne pouvons même plus nous sauver, comme l'homme préhistorique détalait devant les bêtes sauvages ; nous avons recréé des bêtes sauvages devant lesquelles nous ne pouvons plus fuir, alors que nous avons décimé les bêtes sauvages réelles.
Depuis peu, à la réalité informatique s'ajoute une création virtuelle qui se juxtapose sur la première ; comment trouver la vérité de l'être dans cet environnement mouvant et souvent irréel ?"
Catherine Mangin
Chavirer
Chavirer, dis-tu, tu veux me faire chavirer ?
Tu veux m’emmener dans ta vallée
Là où tous les rêves, les tiens les miens
Se sont changés en brume, en espoirs éveillés ?
Où l’envie, l’envie a une vie bien à elle
Où le rire, le rire a tout sauvé
Les couleurs, les jours, et jusqu’aux plus petites dentelles
J’aime ta promesse si grande et ta demande aussi
Ce sera sans doute un festin, ce voyage
Mais pas plus beau que l’heure
Où j’ai vu ton visage
A quoi bon chavirer
Si c’est pour retourner dans cette même vallée
Où pas un rêve pas un soupir
N’a survécu à ceux du Royaume
Tu me parles d’envie
Tu me parles de rire
J’ai grande envie de te croire
De rêver à des festins
A des visages amis
Michèle Bichot
Margot
Quand Margot dégrafait son corsage
Plus personne plus personne n’était sage
Seule Margot seule Margot du village
Ne voyait tous les gars tous les gars
Qui couraient, qui couraient par les rues les chemins
A chaque heure, chaque tétée du chaton (on on)
Pas question pour Minou d’en perdre une goutte
Pas question pour les gars de manquer l’rendez-vous
Seule Margot seule Margot du village
Ne voyait tous les gars tous les gars
Mais Minou de tous ses bons soins profita ( a a)
Et devint un très très beau félin
Et Margot et Margot plus jamais
N’dégrafa son corsage
Et les gars c’est dommage devinrent sages
Michèle Bichot
Une brillante aventure
En deux minutes, une aventure ne peut qu’être brillante car si elle est triste, elle deviendra très vite un souvenir-lumière.
Si elle est gaie, elle sera déjà prête à briller.
Michèle Bichot
Des amours tourmentées
-Madame, madame, vous pourriez nous donner un autre exemple de pléonasme, j’ai pas bien compris.
-Oui bien sûr : des amours tourmentées
Michèle Bichot
J’écris pour
J’écris pour être avec mes amis, c’est-à-dire tous ceux qui ont écrit, écrit des livres que je lis aujourd’hui.
J’écris pour la petite fille qui apprenait à tracer ses lettres entre deux lignes, sans dépasser, avec, de temps à autre, le regard levé sur les majuscules modèles affichées dans la classe, si belles, si parfaites, si apaisantes.
J’écris, à la main, pour ce geste qui à la fois poursuit et se souvient.
C’est une trace sur la page, ce sont des pas dans la neige, ceux d’avant, ceux de demain.
J’écris pour garder ce rien-d’autre, ce dénuement, cette voix que peut-être on voudrait qu’elle se perde et s’oublie, dans la cacophonie des jours pressés.
Tout cela est bien joli, me direz-vous, et ça c’était hier.
J’aimerais écrire pour les petites mains qui aujourd’hui apprennent à tracer leurs lettres, entre deux lignes, et qui bientôt liront une puis des milliers d’histoires ; des voix viendront alors s’y mêler, se tresser, sans que jamais elles ne perdent la leur.
Michèle Bichot
J'écris pour…
J'écris pour m'amuser, pour inventer des histoires,
J'écris pour imaginer, créer des images,
J'écris pour parler de moi à travers des personnages, car je ne veux pas être autobiographique,
J'écris pour partager des expériences,
J'écris parce que j'aime la littérature et les livres,
J'écris pour être active et ne pas me contenter d'être spectatrice et de contempler le travail d'écriture des autres
J'écris pour partager un art avec d'autres,
J'écris pour être plus libre,
J'écris car j'aime la liberté et que c'est l'art qui permet le plus la liberté.
Catherine Mangin
Klam octobre 2025
Bonsoir,
Ce soir je voulais vous poser une question,
Des questions je m'en pose tout le temps, pas vous ?
A la fois je fais partie de l'association du cri de la plume, une des allumettes de cette soirée
qui anime des ateliers d'écriture mais aussi de philo
Bon bref,
je digresse, la question que je voulais vous poser est celle-là :
Pensez-vous que l'on puisse tomber amoureux/ amoureuse des mots des autres ?
Question philo ? Hum, je ne sais pas ….
Je vous explique, en pensant à cette soirée, je me remémorais toutes les klam auxquelles j'avais assisté. Et je me réjouissais d'avance des mots que j'allais entendre.
Ces mots dits, klamés, slamés chantés par les habitués mais aussi par des nouveaux, des nouveaux qui osent prendre la parole, franchir le pas....
Je me disais, ce soir je vais voyager, je vais voyager dans le monde des autres.
Chacune, chacun, qui prend la parole dévoile, un peu de son intimité, de ses secrets, de sa personnalité, délivre sa manière toute particulière d'aborder la vie. Mes oreilles allaient danser, c'est sûr, à la musique de chaque participant.
Pour certains, je pourrais reconnaître les yeux fermés le style, le rythme, la voix qui s'ajuste, qui hésite et qui se lance. Cela m'émeut à chaque fois.
Et que nous racontent ces chansons, ces poèmes ? Des tranches de vie avec des mots délicats, profonds, parfois militants, parfois touchants, d'autres qui disent la violence de notre temps, la violence faite aux femmes, la violence faite aux enfants qui, devenus grands, prennent leur plume et viennent klamer ici pour se libérer de cette chape de plomb. Et tous ces mots me bercent, me consolent, me cajolent tant leur diversité est grande, leur richesse est infinie. Ils redonnent à chacune, chacun, à n'en pas douter, une part sensible, précieuse, indispensable à notre humanité.
Alors vous en pensez quoi ?
Est-ce que l'on peut être amoureux des mots des autres ?
MJF
Klam de Novembre 2025
Dans le brouhaha de la rue
Quelques voix crient
Des voix pour revendiquer
et qui pour défendre leurs droits
scandent leurs revendications
Dans le brouhaha de la maison
Quelques voix chahutent
des voix comme des rires joyeux
et qui dévalent les escaliers pour remplir la cuisine
de leurs douces présences
Dans le brouhaha de ce bar
Quelques voix s'expriment
Des voix qui ont été étouffées
Et qui dans un instinct de survie
viennent klamer leur détresse
Dans le brouhaha de la vie
Quelques voix chantent
Des voix enfin libérées
Et qui dans un souffle puissant
Entonne un air plein de poésie
MJF
Dans la ville ancienne, un bel andalou
Jouait de la guitare dans son repaire
La lune pâle au rendez-vous
Loin du mensonge, loin des tristes compères.
Dans la ville ancienne, chargée d’histoire
Au sein des ruines, sous les étoiles
Quelques boutiques vendaient de l’espoir
A ceux que la nuit chargeait d’un voile.
Qu’il était doux le feuillage
Reste d’un été qui s’en va sous les nuages.
Andrée
Première fois à la KLAM
Pour ce premier rendez-vous de la KLAM, puisque je viens pour la première fois, j’emprunte mon téléphone, comme toujours en outil de substitution numérique pour parvenir à l’écriture, afin d’engager un premier texte à partager dans cet environnement du bar Saint-Nicolas.
J’observe et constate ici cette résistance de la pensée qui s’organise avec passion entre fil, cri de la plume et poésie sans merci dans un groupe d’écrivains improvisé pour proposer des discours à entendre et écouter, pour connaître, comprendre et laisser s’exprimer sans réelles contraintes, à part celle du temps limité d’une soirée.
Je crois avoir compris les règles où finalement rien ne se dicte ou ne s’impose par des obligations absurdes, souvent mises en œuvre à l’école par la pédagogie pour faire apprendre cette langue française qui constitue une des principales richesses culturelles du pays, là où certains ont cru judicieux d’interdire, de sanctionner et de censurer les propos les plus sensés et bienveillants.
Il faut se féliciter de ces rendez-vous improvisés en publics qui expriment, au contraire des idéologies conformistes, le véritable sens qui émane de ces histoires de vie qui s’entrecroisent, de ces individualités qui se mêlent sans arriver à s’emprisonner et conclure par se faire taire pour imposer le silence.
Marc VADITI
Si j’étais…
Si j’étais un insecte je ne serais pas une mouche que l’on chasse d’un geste agacé, ou qui abîme de son obstination bourdonnante une soirée d’été.
Non, je serais une libellule posée si doucement, si furtivement, que c’est à peine si on a le temps de rêver à ses ailes irisées.
Si j’étais un instrument de musique, je serais une flûte à bec, en bois, en souvenir de cette première magie de l’enfance, celle du premier instrument, qui n’est ni cher, ni chic, ni lourd, que l’on peut comme le font les bergers emporter avec soi, mais qui a du mal, peut-être, à trouver sa place dans l’orchestre.
Si j’étais un dessert, je serais une salade de fruits, changeante avec les saisons, mais toujours faite avec amour.
Michèle Bichot
Une prouesse
J'ai toujours vécu avec des hommes : mon père, mon frère, puis mes maris, l'un après l'autre je précise.
Mon mari actuel est, je peux l'affirmer après avoir partagé mon quotidien avec tous ces hommes, une perle rare. Du moins il l'est devenu à mon contact.
Il ne regarde pas le foot à la télévision, ne laisse rien traîner dans la maison, range et nettoie autant que moi voire plus, et depuis peu, il réalise quelques exploits dont je ne suis pas peu fière. Il réussit enfin à mettre un nouveau gel lavant dans la douche avant que j'hurle, une fois trempée, avec un flacon vide en main.
Je ne sais pas comment il a eu le déclic, mais il a réussi : une fois sorti de la douche et après avoir tenté de remplir d'eau le flacon vide, il a pris son courage à deux mains. Il a tendu son bras musclé pour ouvrir la porte du placard de la salle de bain, il a attrapé avec dextérité un flacon neuf de gel douche, en ayant la grande intelligence de ne pas le confondre avec du lait corporel ou autre démaquillant. Il est retourné, sans se décourager, dans la douche pour déposer le nouveau gel douche tout en prenant soin de récupérer l'ancien.
Suite à ces vingt minutes intenses, il ne ménage pas ses efforts en allant jusqu'à la poubelle de la salle de bain, en appuyant avec précision sur la pédale, et en laissant tomber ce flacon vide à l'intérieur. Yes he can !
Quand il a enfin relâché l'effort, il lève les bras au ciel et entend nettement Tina Turner lui crier à l'oreille : "You're simply the best".
Il sort de la salle de bain avec humilité, c'est-à-dire en m'annonçant la tête haute "Je t'ai sorti un nouveau gel douche" comme si c'était uniquement pour moi et que lui ne l'utiliserait pas.
C'est ce jour-là que j'ai compris que mon mari était plus qu'une perle rare, c'est un héros.
Véka
Cette terre est tellement étrange
Cette terre est tellement étrange
Je la vois bleue comme une orange
Elle est consciente n'en doutez pas,
On la parcourt toute la vie à grands pas,
Une musique douce nous accompagne,
Le visage des tigresses pour compagnes
Nous invite à une solitude reposante,
Sans que les peurs plus jamais ne nous hantent,
C'est pout toi terre cette lettre
Où mon expression a envie d'être.
Catherine Mangin
